—L'amour de Dieu ne suffit pas, riposta Raymond moqueur. Mais venez à mon cabinet, petite madame, et l'on s'arrangera tout de même....»

Il ne s'était pas rassis, il s'en alla, laissant un sourire à toutes les femmes.

La minute d'après, une curieuse alla regarder l'ordonnance laissée sur le guéridon.

—«Ah! fit-elle, M. Mévil a oublié son porte-cartes.

—M. Mévil oublie toujours quelque chose,» prononça Mme Ariette en souriant avec sérénité.

Raymond Mévil souriait aussi, en remontant en pousse. Comme les coureurs le regardaient, il leur dit: «Cap'taine Malais», et se renversa dans les coussins de cuir. Le pousse trotta.

Cap'taine Malais habitait, au coin du boulevard Norodom et de la rue Mac-Mahon,—en face du palais du gouverneur,—la plus somptueuse maison de Saïgon.—C'était un financier,—le mot Cap'taine, dans le jargon des Annamites, signifie gentleman, et n'a aucun sens guerrier;—un financier considérable par ses millions et par l'usage qu'il en faisait. Directeur de trois banques, membre de tous les conseils d'administration et fermier de plusieurs impôts, il était une puissance avec qui tout le monde comptait. Par ailleurs, homme selon la formule américaine, pas né, fait soi-même,—et mari d'une jolie femme pas coloniale.

Raymond Mévil trouvait celle-ci à son goût, et recherchait les occasions de l'approcher.

Mme Malais lisait dans sa véranda, son mari auprès d'elle. La véranda était un boudoir Louis XV exquis, tout bleu, avec des balustrades de marbre blanc fouillé à jour. La beauté fine de la jeune femme, une beauté de marquise adorablement blonde et pensive, resplendissait dans ce cadre fait pour elle.

Un valet de pied européen,—luxe rare à Saïgon,—apporta la carte de Mévil.