—Charmé, mademoiselle!...

La lampe, balancée comme un chapeau, esquissa le salut.

—Et maintenant, permettez que je montre le chemin....

Le fantôme plongea dans la nuit du corridor. La lampe, que le courant d'air éteignait aux trois quarts, dansa comme un feu follet....

On marcha toute une minute. L'Estissac l'avait dit: la turne antique était un labyrinthe. Le corridor aboutissait à un vestibule, d'où partaient d'autres corridors. Des portes fermées apparaissaient çà et là, et rien ne les distinguait entre elles. Le guide, à la fin, en ouvrit une, qui donnait sur un cabinet très nu, puis, derrière celle-là, une autre. Et Célia, qui marchait devant L'Estissac, s'arrêta malgré soi au seuil d'une pièce, quelconque d'aspect, et faiblement éclairée, mais d'où la toute-puissante odeur d'opium jaillissait avec tant de force qu'elle semblait rigoureusement exclure du sanctuaire les non initiés. Ce ne fut que le temps d'un clin d'œil. La minute d'après, tous les visiteurs étaient dans la fumerie, et l'homme fantôme,—Saint-Elme,—s'occupait de remonter la flamme de sa lampe. Comme tantôt, l'Estissac fit les présentations, avec une correction irréprochable:

—La princesse de céans, mademoiselle Mandarine ... notre nouvelle amie, mademoiselle Célia....

La lampe commençait d'éclairer un peu mieux. Célia aperçut Mandarine.

Mandarine était couchée sur les nattes de sa fumerie, parmi des coussins de soie annamite. Soulevée sur un coude, elle tendait à la visiteuse de longs doigts fins jusqu'à la maigreur.

Elle était grande et svelte, autant qu'on en pouvait juger à travers le kimono démesurément ample. Elle était très belle: les traits d'une pureté exquise, le regard d'une profondeur et d'une gravité qui effrayaient dans ces yeux jeunes et clairs, et sous ces paupières violettes assombries par la volupté.

Alentour, c'étaient quatre murs simplement tendus de nattes blanches, et, sur le sol, des matelas cambodgiens, recouverts d'autres nattes, blanches pareillement. Pas un meuble. Beaucoup de coussins épars. Au milieu de la fumerie, un grand plateau de marbre vert supportait d'autres plateaux de bois incrusté ou de bronze niellé. Et, dans ces plateaux, les accessoires d'opium s'alignaient, rangés avec autant d'ordre que, sur un autel, les vases, les missels et le crucifix. Du plafond, un parasol japonais pendait. Et, par une porte ouverte, on apercevait une chambre meublée, très banale, avec rideaux de serge, fauteuils de reps et lit de noyer. Incontestablement, la princesse de céans, comme l'avait nommée L'Estissac, n'entrait dans cette chambre que pour y dormir. Et c'était la fumerie qui était le vrai logis.