—Oh! mon ami!... Vous avez déjà tant fait pour moi ... tellement trop!...
Elle avait rejeté ses deux coudes en arrière, et se redressait. Il ouvrait la bouche pour répondre, elle l'arrêta vivement:
—Non! écoutez-moi ... Je ne vous ai jamais dit ma pensée ... parce que c'était inutile ... parce que je me figurais que vous la deviniez ... et aussi parce que je n'osais pas.... Mais, ce soir, vous me dites, vous, des paroles si bonnes!... D'abord, je ne vous ai jamais demandé pardon, mon ami ... oui, pardon!... pour l'affaire de ... de ce petit.... Je vous en prie! laissez-moi finir maintenant ... ou je ne saurai plus ... et il faut que vous sachiez:—Si je suis partie ce soir-là, c'est que j'étais un peu folle ... j'avais eu tant de chagrin, quand lui, autrefois, était parti!... et je n'ai pas songé du tout que vous, vous auriez du chagrin aussi, à cause de mon départ.... Alors, n'est-ce pas? vous comprenez? je n'a jamais voulu vous faire de la peine!... Et quand j'ai su que vous étiez malheureux, je suis revenue. Maintenant, il y a encore ceci, qu'il faut que vous sachiez: que je vous ai toujours aimé de tout mon cœur! que je vous aime très, très, très affectueusement ... comme je n'ai jamais aimé personne!... personne: ni mes parents, ni aucun ami, ni aucune amie!... Voilà! Et c'est pourquoi je vous demande sérieusement de ne pas faire pour moi de nouvelles choses ... de ne pas me donner d'argent, ni de bijoux, ni rien ... de ne pas m'ouvrir de crédit, de ne pas payer la villa d'avance.... Voyez-vous, ce n'est pas pour gagner rien de tout cela que je suis restée avec vous ... et que j'y resterais encore, tant que vous auriez envie de Célia ... non! c'est parce que je vous aimais, c'est parce que je vous aime, comme je viens de vous dire, de tout mon cœur! Et si vous me faisiez maintenant de beaux cadeaux ... maintenant qu'en somme, et grâce à vous, je n'ai plus besoin de rien, d'ici à plusieurs mois ... eh bien, j'aurais honte, et j'aurais mal!...
Elle se tut et respira fort, comme si le souffle avait manqué à ses poumons. Lui, très pâle tout d'un coup, s'était levé. Et de sa main gauche, il soutenait sa nuque, comme s'il eût été pris d'un vertige soudain.
—Célia!—dit-il d'une voix très sourde.—Célia!...
Le souffle lui manquait aussi. Il parla néanmoins, et elle eut la sensation singulière d'entendre des mots qui ne sortaient pas d'une gorge, ni d'une poitrine, mais d'un cœur,—tellement les sons étaient profonds et haletants:
—Célia ... est-ce vrai!... bien vrai?... que vous resteriez avec moi davantage?... longtemps?... tant que je voudrais?... Est-ce vrai, bien vrai que ... que vous m'aimez?...
Elle ne répondit pas des lèvres. Mais sa tête et ses yeux, lentement, gravement, énergiquement, affirmèrent le «oui» qu'il implorait.
Il insista pourtant, plus calme cette fois:
—Ma petite fille!... c'est une question sérieuse que je vous pose là.... Et j'ai besoin que vous me répondiez sans mensonge.... Je ne veux pas que vous ayez pitié de votre vieil amoureux.... Je veux que vous lui disiez la vérité, la vraie vérité.... M'aimez-vous?... pas d'amour, bien entendu!... mais d'amitié?... Et,—songez-y bien! réfléchissez! tâtez-vous le cœur!—accepteriez-vous de continuer notre vie commune? de la continuer plusieurs mois? plusieurs années peut-être?... Doucement! doucement!... Ne vous trompez pas!...