Elle avait déjà répété le signe affirmatif, de toute sa tête franchement inclinée.

—Célia!... Célia!... Je vous en supplie!... n'allez pas trop vite!... Fermez les yeux!... pensez à tout cela, sans hâte! Et écoutez, écoutez encore: là-bas, où je vais, sur cette plage de la baie d'Halong, dans cette maisonnette que j'habiterai, la place ne manquerait pas pour une petite fée bienfaisante. Et si j'étais sûr que la petite fée n'eût pas trop tôt fait de regretter la France, de regretter Toulon, de regretter tout ce qu'on laisse à Toulon, amis et amies, plaisirs, fête, casinos, villa Chichourle, et, par-dessus tout, la liberté ... oui, Célia chérie, si je savais cela, si j'en étais sûr....

Elle se redressait davantage sur les reins et sur les coudes, comme pour aller au-devant des mots qu'elle guettait.

Et, impatiente, anxieuse, elle coupa la phrase:

—Vous m'emmèneriez? Vrai?...

A son tour, il inclina la tête. Puis, reculant d'un pas comme pour éviter la tentation des belles lèvres fardées qui s'offraient à lui, joyeuses et complaisantes:

—Oui,—dit-il,—je vous emmènerais. Mais je viens de vous expliquer: il faudrait que je sois sûr ... tout à fait sûr ... de....

Elle coupa la phrase encore, impétueusement:

—Oh! oui! oui! oui! emmenez-moi!... J'en ai tant envie, si vous saviez!... et depuis si longtemps!... tant envie de partir, de changer, de ne plus recommencer toujours les mêmes choses, les mêmes sales choses!... de ne plus courir après les amants!... de ne plus revoir la vieille Elvire, la mère Agassen, Céladon, les autres!... de ne plus me cogner le cœur aux gens qui m'ont fait pleurer!... et de vivre un peu tranquille, et d'oublier, et de me reposer!... n'importe où ... où vous voudrez, où vous m'emmènerez....

Il recula encore: