—Célia!... pas trop vite ... réfléchissez encore ... là-bas, où je vous emmènerai, j'y serai, moi! et c'est avec moi qu'il faudra vous reposer ... vous reposer longtemps!... Comptez, Célia! Cela dure deux ans, une campagne lointaine ... deux ans,—vingt-quatre mois,—cent quatre semaines!... Croyez-vous que vous pourrez? croyez-vous que vous n'en aurez pas, très vite, par-dessus la tête?... Croyez-vous que....
Mais elle cria:
—Non! non!
Elle était à demi levée, les draps rejetés, une épaule nue, un sein hors de la chemise. Elle ne s'en apercevait pas. Elle agitait une main ardente:
—Non! jamais! n'ayez pas peur! Oh! je sais pourquoi vous avez peur: c'est à cause de l'affaire ... de l'affaire du petit. Mais je vous ai expliqué! Et comprenez, comprenez donc! si je me suis sauvée ce soir-là, c'est parce que j'ai cru qu'il m'aimait, lui, Peyras ... qu'il m'aimait comme je l'aimais.... Voilà pourquoi je suis devenue folle.... Le bonheur, le grand bonheur! j'ai cru qu'il était là, dans mes mains!... le grand bonheur, celui que j'avais rêvé depuis toujours, celui dont l'espoir me faisait sangloter, quand j'étais jeune fille, chaque fois que j'écoutais les pas de mon fiancé, dans le grand parc, parmi les feuilles mortes.... J'ai écouté encore, j'ai cru entendre.... Ho! non! ce n'est pas vrai! ne faites pas attention!... Tout ça ne veut rien dire, rien.... Mais je vois que vous comprenez.... A présent, c'est fini. J'ai compris, moi aussi. J'ai compris qu'il n'existe pas, le grand bonheur. Et je suis contente de trouver l'autre, le bonheur possible, le bonheur qui existe, le bonheur que vous m'avez donné ici, vous, mon ami, mon ami que j'aime de tout mon cœur!... Oui, j'en suis contente. Et n'ayez pas peur que je regrette.... Je ne regretterai pas, je ne regretterai rien,—jamais!—Ce n'est pas deux ans que je voudrais vivre dans votre maison: c'est dix ans, c'est quinze ans, c'est autant d'années que vous me permettriez ... parce que je vous connais maintenant, et je sais combien elle est douce la vie que vous voulez me faire! N'ayez pas peur!... Emmenez-moi!...
Il avait croisé ses bras sur sa poitrine. Et le sang ne revenait pas à ses joues toujours pâles.
—Célia!—dit-il, si bas que, cette fois, elle entendit à peine:—Célia, réellement? vous le voudriez, vivre dans ma maison ... dix ans? quinze ans? plus?...
Elle cria:
—Oui!
Et, alors, sa voix, à lui, résonna tout à coup très nette et très calme, précise, froide, résolue: