—Du lait qui va bouillir, oui....

Il continuait de considérer la jeune femme, très attentivement. A la fin, il posa une question:

—Où êtes-vous née?

Elle tressaillit, et fut lente à répondre:

—Loin ... très loin d'ici....

Il n'insista pas. Il regardait derechef les étoiles. Il songea, parlant à mi-voix, et pour lui plutôt que pour elle:

—Quand j'étais enfant, c'était ma première joie de la journée, d'aller au saut du lit jusque dans la cuisine, et de regarder la grande bassine de cuivre où chauffait le lait du déjeuner.... La bassine était large et basse, évasée.... Le lait s'y gonflait comme un ballon de baudruche.... Je voyais la pellicule de crème, épaisse et ridée, se tendre peu à peu.... Et, tout à coup, la pellicule se déchirait, le ballon crevait, et le lait pur, tout blanc et bouillonnant, jaillissait au milieu, prêt à déborder par-dessus la bassine. La cuisinière se dépêchait d'accourir, un torchon mouillé d'une main, une grande louche d'argent froid de l'autre. Et elle plantait la louche dans le bouillonnement, pour l'arrêter; et elle emportait la bassine en la saisissant à travers le torchon mouillé, pour éviter les brûlures....

Elle écoutait, bercée mystérieusement par cette étrange évocation enfantine. D'instinct, elle voulut y répondre par une évocation semblable:

—Moi, quand j'étais petite....

Mais elle s'arrêta aussitôt, prise de cette pudeur qu'ont les courtisanes à parler du temps où elles étaient sages. Et, après avoir hésité, elle murmura très vaguement: