Le caïque à onze paires n'avait toutefois pas encore accosté la plus basse marche qu'Achmet pacha Djemaleddine (pacha, certes, il était! et depuis beau temps!...) sur cette dernière marche, s'agenouillait, et très humblement tendait le poing à la main impériale, pour que le Padishah—c'était lui, comme juste—pût mettre pied à terre sans éclabousser d'une seule goutte la semelle de ses babouches. Souléïman, ayant quitté le caïque, et relevé son serviteur et ami d'un signe de sourcils, s'appuya gentiment sur l'épaule offerte avant de lui dire:
—Pacha, te crois-tu donc encore mon page?
—Page ou pacha, que sommes-nous, sinon rien, auprès du Padishah? Auprès du Padishah, sied-il pas à ceux-ci comme à ceux-là, et tous les douze mois de l'année, de se montrer respectueux?
Telle fut la réponse d'Achmet. Et Souléïman se prit à rire. Car lui aussi se souvenait.
L'escalier du palais gravi, Souléïman, assis dans le trône toujours préparé pour le Padishah par son serviteur et ami, Souléïman parla comme je vais chanter:
—Pacha, un grand malheur est advenu, une grande tâche nous incombe. Mon frère et allié, frère de cœur et allié de sang, car c'est du sang de ma veine que j'ai signé les Capitulaires!—mon frère et allié, cet autre Moi qui règne en Occident, vertueux comme j'essaie de régner en Orient: François, premier du nom, Roi du pays franc ... celui qu'on nomme le Chevalier-Roi! François, le plus brave d'entre les plus braves! est triste, vaincu, captif. Son ennemi, celui qui s'ose intituler empereur... La illah il Allah!... il n'est qu'un Dieu: il n'est donc qu'un Empereur...
—Un,—dit Achmet;—l'Unique: toi, Padishah.
—Le soi-disant empereur Charles, cinquième du nom, s'est emparé du Roi-Chevalier François et l'a chargé de fers et traîné dans une geôle au fond de la barbare Espagne dans un village puant que ces chiens nomment Madrid; pacha, que dis-tu?
—Je dis que la tâche est sainte et qu'Allah nous la fera légère: tâche de délivrer le Roi-Chevalier, François Ier de France.
Telle fut la réponse d'Achmet.