LETTRE VII ET DERNIÈRE
La princesse Séniha Hâkassi-zadeh
à madame Simone de La Cherté,
91, rue de Varenne, à Paris.
Corne d'Or, 19 scheval 1329[1].
O mes deux yeux tant aimés, je vous écris aujourd'hui la plus triste, la plus douloureuse lettre que j'aie jamais écrite, de toute ma vie très mélancolique pourtant! Je vous écris la dernière lettre que je vous écrirai peut-être jamais...
La dernière lettre... En traçant ces trois mots-là, ma plume s'est cassée sur mon papier. Et il a fallu attendre qu'on m'en apportât une autre. J'ai attendu, le front dans la main. Et j'ai songé... Est-ce possible?... Est-ce moi qui écris?... Est-ce moi, la petite Séniha, qui jette vers sa plus tendre amie ce terrible adieu définitif,—mortel?... Est-ce moi, qu'on vient d'embarquer sur ce grand navire étranger, dont le tumulte m'affole? est-ce moi qui vais partir pour ce voyage sans fin, d'où je ne reviendrai peut-être jamais plus,—jamais, jamais?...
Mais vous ne savez pas... D'abord, il faut que je vous dise...
C'est si simple, d'ailleurs! Comment n'ai-je pas prévu? Comment n'avons-nous pas prévu, tous?... tous ceux qui ne s'étaient pas attaché, exprès, un bandeau sur les yeux?