On va lever l'ancre. Je vous dis adieu, ô ma sœur tendre... Je dis adieu à tout ce que j'ai aimé, à ma patrie, à ma ville, aux chères mosquées, à vous... N'oubliez pas, n'oubliez jamais!...
N'oubliez jamais qu'ici vivait, vit encore un peuple qui est le plus brave, le plus loyal, le plus honnête et le plus doux de tous les peuples au monde. Et n'oubliez pas, n'oubliez jamais comment et par qui ce peuple va mourir...
Et n'oubliez pas non plus votre petite sœur triste, triste infiniment,
Séniha.
[1] 11 octobre 1911.
[2] L'agression italienne de 1911, dirigée contre la Turquie pour le rapt de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque.
[3] Il n'est pas discutable que, si la Turquie se jeta finalement dans les bras de l'Allemagne, la faute en fut à l'Angleterre et à la France, qui prirent contre la Turquie, toujours, le parti de tous ses ennemis.
[4] Il convient d'être juste. Ces lettres furent écrites en 1911. Depuis, l'événement prouva qu'en effet la Grèce, la Bulgarie et la Serbie n'avaient pas «osé» se jeter à la gorge de la Turquie malade: mais c'était pour attendre que la Turquie fût, en outre, blessée grièvement par le poignard italien. Alors, tout de suite, les nations balkaniques, dès 1912, «osèrent».