Le commencement de l'histoire, ce fut aux marches de marbre du débarcadère d'artillerie, à Top-Hané.

En ce temps-là, Constantinople était encore turque, tout à fait. C'est-à-dire qu'on y était presque en France; comme on y est presque en Angleterre, aujourd'hui.

Le canot de notre croiseur était à quai. Nous étions trois officiers près de rentrer à bord. Comme nous allions embarquer, un chat gris surgit je ne sais d'où et vint tout au bord de l'eau flairer nos avirons.

—Tiens!—dit quelqu'un,—un chat turc!

Il était turc indubitablement, puisqu'il n'avait pas peur de nous. Les chats de Constantinople, en effet, se divisent en deux catégories bien tranchées: les chats turcs, qui habitent les quartiers musulmans où tout chacun fut toujours bon pour les bêtes; et les chats grecs ou arméniens, qui habitent les quartiers rayas, où les chrétiens d'Orient, grégoriens ou orthodoxes, sont assez bassement cruels pour tout ce qui est faible. Les chats de ces quartiers-ci se sauvent tant qu'ils peuvent dès qu'ils aperçoivent figure humaine.

Le chat gris de Top-Hané était un chat turc; en sorte qu'après une hésitation très courte il prit son parti et, d'un bond, fut au milieu du canot français.

Un canotier, gentiment, le happa par la peau du cou:

—Faut-il le remettre à terre, capitaine?

Il s'adressait à moi: j'étais le plus ancien officier. Je haussai les épaules:

—Gardons-le, ce chat ... s'il veut absolument mettre son sac à bord!...