A quoi le colonel président répliqua d'un ordre bref:
—Appelez la cause suivante!
Et trois nouveaux accusés entrèrent, garrottés si prudemment que le sang leur sortait par-dessous les ongles.
C'étaient trois Arabes encore, tout comme ceux qu'on venait d'exécuter; trois Arabes fort pouilleux: un vieillard, un enfant et un homme. Tous trois portaient le burnous et le fez,—deux chefs d'accusation déjà majeurs;—et, pour comble, leurs six mains, étalées sous les yeux des juges, montraient des traces noires bien suspectes. Cela sentait la poudre à plein nez. Donc, point d'erreur probable: la cour, une fois de plus, se trouvait en face d'un trio de ces bandits coupables d'avoir, quelques heures plus tôt, traîtreusement attaqué les braves troupes italiennes. Le crime était patent. La fusillade s'imposait donc.
Carlo Torelli, colonel et président, s'inclinait déjà vers ses assesseurs, et ceux-ci déjà opinaient. Toutefois, le double geste ébauché ne s'acheva pas. Dans le prétoire, ouvert à deux battants, comme la loi l'exige, deux hommes venaient d'entrer, deux Européens, deux étrangers, deux journalistes, comme en témoignaient leurs kodaks en bandoulière et leurs carnets sans cesse crayonnés. D'un coup d'œil gêné, Carlo Torelli toisa ces deux hommes. L'un était Anglais, l'autre Français. Ironiques et impassibles, tous deux considéraient la cour. Carlo Torelli, président, toussa d'abord, hésita ensuite, et se résigna enfin,—par égard pour la presse occidentale, et quel que fût le temps perdu,—à ne pas condamner sans interrogatoire.
Il appela donc:
—Interprète!
Et le drogman s'étant précipité:
—Vous trois, qui êtes-vous?
Or, avant même que l'interprète eût traduit en arabe la question, l'un des accusés,—celui qui n'était ni l'enfant, ni le vieillard,—avança d'un pas, haussa ses mains garrottées, et, parlant d'une voix nette, en italien très pur, répondit: