[72] Ælien & Pline.

[73] Balbus in itinerario Ind. Ori. c. 4.

S’ils sont des Dieux dans la Mithologie, ils figurent en Heros dans l’Histoire : elle est remplie de leurs conquêtes, & d’actions éclatantes qui les placent à côté des Alexandre, des Tamerlan, des Gengisckan ; semblables à ces Nations guerrieres du Septentrion qu’on a vû dans differens siecles se déborder dans l’Europe & dans l’Asie, comme des torrens impetueux renverser tout ce qui s’opposoit à leur passage, détruire des Empires, ou se les soumettre, souvent des milliers de Rats belliqueux ont pris des villes, conquis des Provinces, chassé des Peuples.

[74]Dieux malfaisans, ils firent souvent ressentir les effets de leur toute puissance aux Phrygiens qui les adoroient, & chasserent brusquement de leur Païs ces braves Troyens qui avoient soutenu dix ans les efforts réünis de toute la Grece ; enfin le Simoïs & le Scamandre, ces Fleuves celebres de la Troade n’ont vû quelquefois sur leurs bords que des Rats. [75]Pareille conqueste sur le Meandre ; les Migrations de plusieurs Peuples de l’Ionie n’ont eû d’autres causes que la cruelle necessité de ceder leurs terres à des armées de Rats victorieuses.

[74] Bochart de sacris animalibus. Pline, Ælien, &c.

[75] Pausanias.

Passons en Thrace, nous y verrons les Abderites, Peuples assez connus par une Comedie Françoise, chassés de leur Patrie par ces mêmes Conquerans : [76]Cette révolution arriva sous le regne de Cassandre Roy de Macedoine, l’un des Successeurs d’Alexandre. Les Rats reconciliés sans doute par une paix solide avec les Grenoüilles depuis cette fameuse bataille qu’Homere a chantée, se liguérent avec elles ; soutenus des Legions amphibies de ces Alliés, ils inonderent de leurs troupes les terres des Abderites, assiegerent la ville d’Abdere, & chasserent enfin les Habitans de tout le Pays, après leur avoir enlevé leur Capitale.

[76] Justin. Hist.

Les Histoires ne disent rien de la conduite du Siege, de sorte qu’on ignore comment la Ville fut attaquée & défenduë ; on ne sçait si elle fut emportée d’assaut & livrée au pillage, ou bien si elle se rendit par capitulation, & quels en furent les articles. Voilà comment les faits les plus importans de l’antiquité demeurent dans l’obscurité, faute de l’utile secours des Gazettes qui nous donnent, (soit dit en passant) un grand avantage sur les anciens.

Cependant, malgré la disette des Memoires, on peut assurer qu’Abdere essuya deux grands Sieges ; le premier, est celui dont nous venons de parler ; le second fut formé par les Abderites mêmes qui voulurent rentrer dans leur Ville : ils firent de puissans efforts, & ils y rentrerent enfin, mais ce ne fut pas, selon toute apparence, sans une horrible effusion de sang, les assiegeans combattans pour reconquerir leurs foyers, & les assiegés pour conserver leur Conquête. On peut conjecturer encore, que les Rats étoient seuls entrés dans Abdere, qu’ils avoient abandonné aux Grenoüilles les Rivieres, les Marais, les Prairies, & tout ce qui pouvoit être à la bien-séance de ces Alliés.