[77]Les Habitans de Ceretto, petite Ville du Royaume de Naples, se souviennent encore d’avoir été obligés, il n’y a pas cinquante ans, de disputer le terrain avec les Rats, comme avoient fait les Abderites. Les tremblemens de terre causés par les embrasemens du Mont-Vesuve, donnerent lieu à cet évenement. La Ville de Ceretto en fut presque toute boulversée, une bonne partie de ses Habitans demeurerent sous les ruïnes, & ceux qui eurent le bonheur de se sauver, se retirerent dans la plaine, où ils établirent une espece de camp ; mais bien-tôt il ne fut pas de beaucoup plus sûr que la Ville : une armée de Rats vint les y menacer d’un sort plus triste que celui qu’ils avoient évité ; c’est-à-dire, de les manger tous vifs. On opposa le fer & le feu à ces Legions furieuses, on fit de bons retranchemens, & l’on passa plusieurs nuits sous les armes crainte de surprise ; jamais allarme ne fut plus chaude.
[77] Misson, Voyage d’Italie, Tom. 3. p. 360.
Dans cet étrange embarras, on eut recours à un Chat, on l’envoya contre les Rats, mais ce fut pour leur servir de pâture. Dans un instant ils l’immolerent aux mânes de leurs peres mangés par les Chats, ou plûtôt il fut autant sacrifié à l’appétit, qu’à la haine Nationale. Jugez par-là, Monsieur, de la solidité de [78]l’inscription qui étoit autrefois sur une porte d’Arras avant que Loüis XI. eût pris cette Ville.
Quand les Rats mingeront les Cas,
Le Roi sera Seigneur d’Arras ;
Quand la Mer qui est grande & lée,
Sera à la Saint Jean gelée,
On verra par dessus la glace
Sortir ceux d’Arras de leur Place.