Ils assistent, dit-il, à tous tes sacrifices,
A l’odeur de tes mets ils trouvent des délices,
Ils fréquentent enfin ton Temple & tes Autels.
C’étoit justement ce dont se plaignoit la Déesse. Elle répondit à son pere, que les Rats étoient une race sacrilége qui ne fréquentoit ses Temples que pour ronger ses couronnes, dévorer ses sacrifices, & boire l’huile de ses lampes : mais elle exagera sur tout l’attentat qu’ils avoient commis sur une [104]coëffure ou un voile, enfin quelqu’ornement, qu’elle avoit travaillé de sa propre main ; & pour surcroît de chagrin, ajoûta-t-elle, un miserable Ouvrier à qui je l’ai donné à racommoder m’importune tous les jours pour son payement, & je n’ai pas de quoi le satisfaire.
[104] Depuis Pallas jusqu’à nous, il est arrivé dans les toilettes de si grandes révolutions, qu’on ne sait quel nom donner à cet ornement de Pallas : il sera tout ce qu’on voudra, excepté un panier, qui, ce me semble, siéroit mal à une Déesse de son caractere.
Après cela la pauvre Déesse de la Sagesse devoit-elle protéger les Rats ? Cependant elle protesta qu’elle ne favoriseroit point leurs ennemis contre lesquels elle avoit aussi des griefs ; car un jour qu’elle s’étoit couchée sur le bord d’un marais, fatiguée d’une grande bataille, les croassemens des Grenoüilles ne lui permirent pas de fermer l’œil : Or une prude n’oublie pas un trait semblable.
Elle conclut donc qu’il falloit les laisser battre, & conseilla aux Dieux de ne point se mêler des affaires de ces peuples féroces : Oüi, dit-elle :
Leur audace est extrême,
Ils oseroient de près attaquer un Dieu même,
Evitons de leurs dards les coups audacieux,