[114] Ælien.
[115] Idem.
Il est vrai que ces prodiges une fois averés, la fecondité des Rats n’a plus rien d’inconcevable, je ne les refuterai point, je serois même le premier à les croire si je les voyois.
Le peuple a aussi formé ses sistêmes sur la multiplication des Rats, comme les Naturalistes ; & vous jugez bien, Monsieur, qu’il a encore moins oublié le merveilleux. Accoûtumé à ne considerer les choses que par rapport à l’interêt qu’il en retire, ou à l’incommodité qu’il en reçoit, il admet confusément deux principes, Dieu, & les Démons ; il rapporte le bien à Dieu, & rejette le mal sur les esprits malins : Voilà toute la physique des génies foibles & superstitieux.
Ainsi dans les années où il y a beaucoup de Rats, ils en accusent les Sorciers, & les Magiciens, c’est-à-dire, des hommes imaginaires à qui ils donnent ces noms. C’est sans doute s’y prendre à merveille, pour ne jamais rien voir dans les opérations de la Nature.
Consequemment au même préjugé, des gens plus sots encore que les Paysans, parce qu’ils sont plus éclairés, ont proposé de chasser les Rats des Jardins & des champs par la Magie. [116]Ces Docteurs ont composé un Talisman, qu’ils disent très-efficace, le voici : Sur un papier qu’on attache à un bâton dans le champ d’où on veut chasser les Rats, on écrit ces mots redoutables : Adjuro vos omnes Mures qui hic consistitis ne mihi inferatis injuriam : assigno vobis hunc agrum, in quo si vos posthac deprehendero, matrem Deorum testor, singulos vestrum in septem frusta discerpam.
[116] Apud Aldovr. p. 438.
« Je vous conjure tous, méchans Rats qui êtes ici, de ne me faire aucun tort ; je vous défens ce champ, & si après ma défense je vous y retrouve jamais, j’atteste la mere des Dieux, que je vous couperai chacun en sept morceaux. »
Vraisemblablement cette conjuration ne vaudroit rien en François ; peut-être aussi les Rats accoûtumés à ne pas fort respecter le Latin, pourroient bien la dévorer même en cette langue.
C’est, sans doute, par condescendance pour les idées du Peuple, que le Clergé, dans certains siécles nébuleux a laissé introduire la coutume d’excommunier les Rats, cérémonie au moins inutile. On l’observoit sur tout fort exactement en Bourgogne dans les Villes d’Autun, de Baune, & de Mâcon : la chose se traitoit dans les régles, elle passoit d’abord par devant les Juges civils ; deux Avocats plaidoient l’un pour, & l’autre contre les Rats, ensuite, sur la Sentence des Juges seculiers, ceux d’Eglise faisoient droit.