En ce moment, un pas lourd et mal assuré se fit entendre dans l'escalier. Benjamin se hâta de tourner la clef dans la serrure. C'était M. Minxit qui frappait à la porte et s'écriait:
—C'est moi, Benjamin, ouvre-moi; je veux voir ma fille; il faut que je la voie; elle ne peut mourir sans que je l'aie vue.
C'est une cruelle chose que de supposer vivante une personne trépassée, et de lui attribuer des actes comme si elle existait encore. Cependant mon oncle ne recula point devant cette nécessité.
—Retirez-vous, M. Minxit, je vous en supplie; Arabelle va mieux; elle repose, votre présence subite pourrait provoquer une crise qui la tuerait.
—Je te dis, misérable, que je veux voir ma fille! s'écria M. Minxit; et il fit un si violent effort contre la porte, que la gâche de la serrure tomba sur le carreau.
—Eh bien! dit Benjamin, espérant encore l'abuser, vous le voyez, votre fille dort d'un tranquille sommeil. Êtes-vous satisfait à présent, et vous retirerez-vous?
Le malheureux vieillard jeta un coup d'œil sur sa fille.
—Tu as menti! s'écria-t-il d'une voix qui fit tressaillir Benjamin, elle ne dort pas: elle est morte!
Il se jeta sur son corps et la pressa convulsivement contre sa poitrine.
—Arabelle! criait-il, Arabelle! Arabelle! Oh! était-ce donc ainsi que je devais la retrouver, elle, ma fille, mon unique enfant! Dieu laisse le front du meurtrier se couvrir de cheveux blancs et il ôte à un père son seul enfant! comment peut-on nous dire que Dieu est bon et juste!…—Puis sa douleur se changeant en colère contre mon oncle: C'est toi, misérable Rathery, qui es cause que je l'ai refusée à M. de Pont-Cassé! sans toi, elle serait mariée et pleine de vie.