—Si cela vous convient, dit mon oncle, nous raserons jusqu'à la montagne de Saint-Pierre-du-Mont; mais, sauf le respect que je dois à votre avis, je crois que nous devons agir de ruse: nous escaladerons nuitamment les murailles du château; nous nous emparerons de Cambyse et de tous ses laquais plongés dans le vin et le sommeil, comme dit Virgile, et il faudra qu'ils nous embrassent tous.

—Voilà qui est bien pensé, répondît M. Minxit; nous avons une bonne lieue et demie pour arriver devant la place, et il fera nuit dans une heure. Cours embrasser ma fille, et nous partons.

—Un instant, dit mon oncle. Diable! comme vous y allez! Je n'ai rien pris de la journée, moi, et il me conviendrait assez de déjeuner avant de partir.

—Alors, dit M. Minxit, je vais faire rompre les rangs, et on distribuera une ration de vin à nos soldats pour les tenir en haleine.

—C'est cela, répondit mon oncle, ils auront le temps de s'achever pendant que je vais prendre ma réfection.

Heureusement pour la gentilhommière du marquis, l'avocat Page, qui revenait d'une expertise, vint demander à dîner à M. Minxit.

—Vous arrivez bien, M. Page, lui dit le belliqueux docteur; je vais vous enrôler dans notre expédition.

—Quelle expédition? dit Page, qui n'avait pas étudié le droit pour faire la guerre.

Alors mon oncle lui raconta son aventure et la manière dont il allait se venger.

—Prenez-y garde, dit l'avocat Page; la chose est plus grave que vous ne le pensez. D'abord, quant au succès, espérez-vous, avec sept à huit hommes éclopés, venir à bout d'une garnison de trente domestiques, commandés par un lieutenant de mousquetaires?