—Comment, de trop? reprit ma grand'mère, regardant Benjamin avec des yeux ébahis.
—Eh bien! oui, de trop, ma chère sœur, de trop, entendez-vous, de trop; il m'envoie cinquante écus pour une opération de vingt francs: comprenez-vous à cette heure?
—Et tu es assez niais pour lui renvoyer son argent? Si mon mari m'avait fait un pareil tour!…
—Oui, j'ai été assez niais pour cela; que voulez-vous? tout le monde ne peut pas avoir l'esprit que vous exigez de Machecourt; j'ai été assez niais pour cela et je ne m'en repens pas: je ne veux pas me faire charlatan pour vous plaire. Mon Dieu! mon Dieu! qu'on a de peine ici-bas pour rester honnête homme! vos plus proches et vos plus chers sont pourtant les premiers à vous induire en tentation.
—Mais, malheureux, tu manques de tout; tu n'as plus une paire de bas de soie qui soit mettable, et tandis que je raccommode tes chemises d'un côté, elles tombent en loques de l'autre.
—Et parce que mes chemises tombent en loques d'un côté pendant que vous les raccommodez de l'autre, il faut que je manque à la probité, n'est-ce pas, ma chère sœur?
—Mais, tes créanciers, quant les paieras-tu?
—Quand j'aurai de l'argent, voilà tout; je défie le plus riche de faire mieux.
—Et le marchand de toile, que lui dirai-je?
—Dites-lui tout ce que vous voudrez; dites-lui que je ne porte pas de chemises, ou que j'en ai trois cents douzaines dans mes armoires; il choisira celle de ces deux raisons qui lui conviendra le mieux.