—Eh bien! soit, dit mon oncle, envoyez-les chercher demain à la maison, et je vous les rendrai…
—Tu vas me les rendre de suite, dit M. Susurrans, s'élevant sur la pointe des pieds pour mettre le poing sous la gorge de mon oncle.
—Ah çà, papa Susurrans, dit Benjamin, si vous plaisantez, je vous préviens que c'est pousser trop loin la plaisanterie; et…
—Non, malheureux, je ne plaisante pas, fit M. Susurrans se plaçant devant la porte, et vous ne sortirez pas d'ici, ni toi ni ton neveu, que vous ne m'ayez rendu mes poulets.
—Mon oncle, dit Gaspard, voulez-vous que je passe la jambe à ce vieil imbécile?
—Inutile, Gaspard, inutile, mon ami, dit Benjamin; tu es un homme d'église, toi, et il ne te convient pas d'intervenir dans une querelle. Ah çà! ajouta-t-il, une fois, deux fois, M. Susurrans, voulez-vous nous laisser sortir?
—Quand vous m'aurez rendu mes poulets, répondit M. Susurrans, faisant demi-tour à gauche et présentant le bout de sa canne à mon oncle, comme si c'eût été une baïonnette.
Benjamin abaissa la canne de sa main, et prenant le petit homme par le milieu du corps, il l'accrocha par la ceinture de sa culotte à un morceau de fer qui était au-dessus de la porte et auquel on suspendait la batterie de cuisine. Susurrans, assimilé à un poêlon, se démenait comme un scarabée attaché par une épingle à une tapisserie. Il hurlait et gesticulait, criant tantôt au feu, tantôt à l'assassin. Mon oncle avisa un almanach de Liège qui était sur la cheminée:
—Tenez, dit-il, M. Susurrans, l'étude, a écrit Cicéron, est une consolation dans toutes les situations de la vie; amusez-vous à étudier jusqu'à ce qu'on soit venu vous dépendre; car, pour moi, je n'ai pas le temps de faire conversation avec vous, et j'ai l'honneur de vous souhaiter le bonsoir.
À vingt pas de là, mon oncle rencontra le fermier qui accourait et qui lui demanda pourquoi son maître criait au feu et à l'assassin.