La proposition du jeune dieu est ingénieuse et son plan paraît devoir réussir. On l'adopte à l'unanimité, et la séance est levée, après qu'on a déterminé le moment du rendez-vous.

A l'heure convenue, tous les dieux du Takamagahara se réunissent donc devant la grotte où, boudeuse et chagrine, Amatérasu s'est enfermée. Chacun porte avec soi l'instrument favori dans lequel il excelle. La danse s'organise. Les tambours et les flûtes, les guitares et les gongs mêlent leurs sons et leurs accords aux cris, aux chants. Le rythme s'accélère. Le bal se transforme bientôt en une ronde affolée, en un tumulte indescriptible, dont les échos descendent jusque sur la terre, et y sèment l'épouvante…

Amatérasu entend du fond de sa grotte:

– Que se passe-t-il aujourd'hui, se dit-elle; que signifie ce tapage?

La curiosité devient tellement forte que la déesse, toute déesse qu'elle est, n'y tient plus. Elle entr'ouvre la porte, à travers laquelle s'échappe à l'instant un flot de lumière. Soudain, elle se sent saisie au bras par une main de fer. C'est la main de Chikaravônomikoto, le plus fort de tous les dieux. Il se tenait à l'entrée de la grotte, prêt à saisir la déesse au moment où elle en ouvrirait la porte. Amatérasu a été entraînée au dehors, et la porte repoussée s'est refermée sur elle. A l'instant, le ciel et la terre reviennent à la vie. La lumière les inonde de ses flots bienfaisants. L'univers retentit des cris de joie poussés par tous les êtres. Le soleil a reparu, et les choses de ce monde reprennent toutes leur cours normal.

Les dieux se sont précipités aux pieds d'Amatérasu. Ils la supplient de ne plus désormais se renfermer dans sa grotte, et de ne plus les priver de sa lumière. Elle promet, mais elle exige une condition. C'est que son frère Susanoonomikoto sera puni de son forfait. Il sera banni de l'assemblée des dieux, chassé du Takamagahara et exilé sur une terre lointaine. Il en fut fait ainsi, et Susanoonomikoto, expulsé du ciel, fut précipité sur la terre. Il tomba dans le pays d'Idzumo, à l'endroit appelé aujourd'hui Hinokawakami. Là, il resta quelque temps, pleurant sur sa grande infortune.

Un jour qu'il se promenait sur le bord de la rivière, il aperçut une paire de bâtonnets que le courant emportait à la dérive.

– Puisque voilà des bâtonnets, il y a sans aucun doute, en amont, des êtres humains, conclut le dieu par un raisonnement logique.

Susanoonomikoto, expulsé du ciel, fut précipité sur la terre.