Celui-ci, ayant achevé son repas, quitte la maison de la chèvre et retourne à la forêt.
Yagisan revient de la ville. Elle voit la porte ouverte. Un pressentiment terrible la saisit. Elle entre et ne voit plus ses petits… Sur les nattes, des taches de sang:
– Oh! s'écrie-t-elle en s'arrachant les poils de désespoir, ils ont ouvert la porte!… le loup sera venu et les aura mangés!…
Et elle pleure!
Le plus jeune des chevreaux s'était caché derrière le paravent. Le loup ne l'avait point vu. Apercevant sa mère, il sort de sa cachette, se jette dans ses bras, et, d'une voix tremblante, lui raconte la terrible aventure.
La chèvre, ayant tout entendu, se redresse furieuse. Ses yeux lancent des éclairs.
– Je retrouverai mes petits, s'écrie-t-elle, et je me vengerai!
Et, suivie de son chevreau, elle s'élance à la piste du loup.
Le loup était retourné au bois. Il s'était étendu dans un épais taillis, et là, tout en faisant sa digestion, il s'était endormi.
Yagisan trouve le loup endormi dans les broussailles. Son sommeil est profond. Il ronfle bruyamment. La chèvre s'approche sans faire de bruit, car elle ne veut pas réveiller le loup. Elle prend des ciseaux, et délicatement entr'ouvre la peau du ventre. Le loup ne se réveille pas. Les sept petits chevreaux sont là, dans le ventre du loup, vivants, bien portants, entassés comme des petits oiseaux dans leur nid.