Et, à mesure qu'ils approchent, le portail semble grandir, et se teinter de couleurs brillantes.

Ils arrivent enfin. La tortue dépose son cavalier sur du sable, dont chaque grain est une perle. Le pêcheur peut voir alors que le portail est en or massif, incrusté de pierreries. Deux énormes dragons en gardent l'entrée. Ils ont un corps de cheval, une tête et des griffes de lion, des ailes d'aigle et une queue de serpent. Leur aspect est terrible; néanmoins, c'est d'un regard plein de douceur qu'ils fixent le nouvel arrivé.

La tortue seule avait pénétré sous le porche. Elle en sortit bientôt, accompagnée d'une multitude de poissons. Il y en avait de toutes les grandeurs et de toutes les formes. Chacune des espèces que renferme l'Océan était représentée. Ils portaient tous la livrée de la déesse, couleur d'azur et galons d'argent. Ils s'avancèrent au-devant du pêcheur et le saluèrent jusqu'à terre, avec toutes les marques de la sympathie et du respect.

Le brave Taro ne comprenait rien à toutes ces choses; mais, sachant très bien qu'on ne lui voulait aucun mal, il se laissa faire. On le dépouilla de son costume de pêche, et on le revêtit d'une magnifique robe de soie. On lui attacha aux pieds des pantoufles de velours; puis un page charmant, le prenant par la main, l'introduisit dans le palais.

S'appuyant sur une rampe d'ivoire, il monte les sept degrés d'un escalier de marbre, et arrive devant la porte en bois d'acajou, sur laquelle scintillent des émeraudes. Elle s'ouvre d'elle-même et Taro pénètre dans l'appartement de la déesse. C'est une salle immense, dont le plafond en corail est soutenu par vingt colonnes de cristal. De nombreuses lampes en vermeil y donnent une douce et brillante lumière. Les parois sont en marbre parsemé de rubis et de pierreries diverses.

Au milieu de toutes ces merveilles, assise sur un trône de diamant, ornée de ses plus riches parures, et environnée de toute sa cour, se tient Otohimé, la déesse de l'Océan. Elle est extraordinairement belle, plus belle que l'aurore à son lever. Lorsque Taro la vit, elle le contemplait avec son plus gracieux sourire. Il voulut se prosterner. La déesse ne lui en laissa pas le temps. Se levant de son trône, elle s'avança vers lui, majestueuse et aimable, et lui prenant affectueusement les mains:

– Soyez le bienvenu! lui dit-elle. J'ai appris que, hier soir, vous aviez sauvé la vie à l'un des sujets les plus vénérés de mon empire. J'ai voulu vous en exprimer de vive voix ma sincère reconnaissance, et voilà la raison pour laquelle je vous ai fait venir ici.

Taro ne savait que répondre. Il se tut. Alors, sur un signe de la déesse, on le fit asseoir sur un coussin en soie, cousue de fil d'or. On lui apporta une petite table en ivoire, sur laquelle étaient posés, dans des plateaux de vermeil, toutes sortes de mets appétissants. Taro fit un repas, comme il n'en avait jamais fait depuis qus'il était au monde. Quand il eut fini de manger, la déesse le conduisit voir les diverses parties de son palais.

Taro fit un repas comme il n'en avait jamais fait depuis qu'il était au monde.