Le pêcheur marchait de surprise en surprise, d'éblouissement en éblouissement. Mais ce qui le frappa le plus, et mit le comble à son admiration, ce fut le jardin. Il y avait là quatre parterres immenses; chacun représentait l'une des quatre saisons de l'année.
A l'est, c'était le parterre du printemps: d'innombrables pruniers et cerisiers en fleurs s'élevaient au-dessus d'un verdoyant gazon; de nombreux rossignols y modulaient leurs délicieuses romances; des alouettes y faisaient leur nid.
Au sud s'étendait le parterre de l'été: là, des pommiers et des poiriers, dont les branches pliaient sous le poids de leurs fruits. Des cigales y remplissaient l'air de leurs cris assourdissants et monotones. Il y régnait une grande chaleur, tempérée par un doux zéphyr.
L'automne était représenté par le parterre de l'ouest. Le sol y était couvert de feuilles jaunissantes et de bouquets de chrysanthèmes. Enfin, le parterre de l'hiver était au nord: c'était un immense tapis de neige, entourant un étang de glace…
Taro passa sept jours dans ce palais enchanteur. Fasciné par toutes les merveilles qui s'offraient à ses regards, charmé de la bonté que lui témoignait la déesse, et du bien-être qu'il éprouvait auprès d'elle, il avait oublié son village; il ne songeait plus à son vieux père, à sa femme, à ses enfants, à sa barque, à ses filets.
Un jour pourtant il s'en souvint, et la tristesse le prit.
– Que doit penser mon père, se dit-il, d'une si longue absence? Combien ma femme et mes enfants doivent être inquiets, et attendre mon retour! Ils me croient peut-être mort, englouti au fond de l'Océan! Et ma barque, qu'est-elle devenue? Et mes filets?…
Alors, Taro résolut de partir. Il en parla à la déesse. Celle-ci essaya bien de le retenir encore, mais toutes ses instances demeurèrent infructueuses. Ce voyant, la belle Otohimé le prit à part dans sa chambre secrète et, tirant du fond d'un coffre une petite boîte en laque, elle la lui donna, en disant:
– Puisqu'à tout prix vous voulez partir, Monsieur Ourashima, je ne vous retiens plus. Tenez! Emportez cette boîte, comme souvenir de moi et de votre séjour ici. Mais promettez-moi que, quoiqu'il arrive, vous ne l'ouvrirez jamais. Monsieur, retenez bien mes paroles: le jour où, cédant à une curiosité coupable, vous ouvrirez cette boîte, vous êtes un homme mort.
Taro accepta le présent avec beaucoup de reconnaissance. Il promit que jamais il n'ouvrirait la boîte, quoiqu'il puisse arriver. Puis la déesse l'embrassa sur le front, elle l'accompagna jusqu'au seuil de sa porte, et ils se séparèrent. Le pêcheur remonta sur le dos de la tortue, et celle-ci le ramena au rivage…