Le pauvre menuisier revint tout triste à son village.

– Me voilà! répond le menuisier en se jetant au milieu des lutins. Ceux-ci tout heureux lui font de profonds saluts, et l'invitent à danser. Malheureusement le menuisier n'avait jamais appris la danse. Il essaye, mais il danse très mal. Les lutins murmurent. Puis le chef l'arrêtant, lui dit d'une voix sévère:

– Tu ne danses pas bien aujourd'hui. Je ne veux plus que tu reviennes. Je te rends ton gage.

Et, ce disant, il applique sur la joue droite du malheureux menuisier l'énorme loupe que, le mois dernier, il avait prise au bûcheron.

Et voilà comment le pauvre menuisier revint tout triste à son village, portant deux loupes au lieu d'une, une loupe à chaque joue.

Morale: si vous ne savez pas danser, n'allez jamais dans la forêt, le soir où les lutins se réunissent.

Une ruse de Jiro

Jiro a quatorze ans. C'est un garçon à la mine éveillée, aux yeux d'un noir d'ébène, pétillants de vivacité et d'intelligence. Il n'a jamais connu son père. Celui-ci est parti pour l'autre monde, quelques jours après la naissance de son fils. La mère de Jiro vient de mourir à son tour, emportée par une fluxion de poitrine. Le voilà donc orphelin. Pour fortune, il lui reste une paire de vieux fauteuils hors d'usage, une petite table, quelques livres d'école, une demi-douzaine de tasses à riz, les habits, plusieurs fois rapiécés, dont il est en ce moment couvert. Et c'est tout.

Tout le reste, c'est-à-dire tout ce qui avait une certaine valeur, a été saisi, quelques heures après la mort de la mère, par des créanciers impitoyables. Car la mère avait des dettes, et naturellement ne les avait pas payées.