Elle dit et disparut aussitôt. Voilà pourquoi je suis venu, Monsieur, et mon seul désir est que vous m'autorisiez à venir de temps à autre. Ah! si vous saviez comme je l'aimais, ma pauvre mère!

Et les larmes recommencent à couler, Jiro retourne vers la truie, et de nouveau l'embrasse en lui répétant:

– Ma mère! oh! ma mère!

Le vieux Bacayémon se sent remué jusqu'au fond de l'âme. Après avoir réfléchi quelques secondes:

– Jiro, dit-il à l'enfant, j'admire ta piété filiale. Je suis ému des sentiments qu'elle t'inspire. Eh bien! écoute: puisque cette truie renferme l'âme de ta mère, prends-la, je te la donne. Emmène-la chez toi et soigne-la bien!

Jiro, qui s'attendait à la chose, simule la surprise, tombe aux pieds du vieillard et, la parole entrecoupée de sanglots, le regard rayonnant de joie, il le remercie de son extrême bonté. Puis, se retournant vers l'animal:

– Allons, ma mère, lui dit-il, venez avec moi. Nous allons comme autrefois vivre côte à côte, et je vous soignerai bien.

Puis, entraînant la truie, il sort de la maison, et de ce pas se rend chez le boucher, lui vend la bête, en obtient une petite somme, et riant jusqu'aux larmes:

– Bien joué, se dit-il, et maintenant que j'ai le capital, à moi la fortune, à moi l'avenir!