Et Bacayémon intrigué conduit Jiro dans la cour où l'énorme truie se vautre dans la fange en grognant. A peine Jiro l'a-t-il aperçue que, se précipitant vers elle, il la saisit, l'étreint, l'embrasse, avec toutes les marques d'un amour passionné. Le vieillard stupéfait contemple cette scène; puis, pressentant un mystère, il rappelle l'enfant:

– Jiro, lui dit-il, quel est le motif de cette étrange conduite? Tu dois avoir des raisons secrètes d'aimer ainsi cet animal. Explique-moi cela, raconte-moi tout!

– Monsieur, répond Jiro, le visage baigné de larmes, cette truie est ma mère!

Jiro saisit la truie et l'embrasse avec toutes les marques d'un amour passionné.

– Ta mère? Comment cela?

– Voici. La nuit dernière, tandis que je dormais profondément, quelqu'un m'a frappé sur le front. Réveillé en sursaut, j'aperçois ma mère, ma pauvre bonne mère qui est morte il y a trois mois. Elle avait une figure bien triste et ses yeux étaient humectés de larmes:

– Mon fils, m'a-t-elle dit, je vais te confier un secret. J'ai péché dans ma vie, et en punition de mes fautes, j'ai été condamnée à vivre trente ans dans le corps d'une bête. Pour le moment j'habite le corps de la truie que possède Bacayémon. S'il te reste pour moi un peu de piété filiale, viens me voir de temps à autre, me consoler et me distraire.

Jiro se rendit chez un boucher.