— Mon petit, j’étais déjà dans cette île lorsque tu as poussé ton premier cri et je t’ai toujours suivi. Tu peux me croire, tu n’as jamais eu la malaria.

— Je n’ai jamais été vraiment malade, mais je me souviens fort bien d’avoir eu des accès de fièvre entrecoupés de tremblements comme ceux dont vous venez de nous parler. Ils ne duraient jamais bien longtemps et n’étaient pas assez forts pour que je m’inquiète. Je trouvais cela bizarre, c’est tout. Je n’en ai d’ailleurs jamais parlé à personne, car je n’y attachais guère d’importance et je ne voulais pas me plaindre pour si peu de chose. Cependant, lorsque Bob m’a parlé de tout cela cet après-midi, je me suis souvenu de ce que j’avais lu à ce sujet et j’ai fait le rapprochement. J’ai jugé qu’il était préférable de vous en parler. Avez-vous un moyen de savoir si je l’ai ou non ?

— Je trouve ton idée complètement idiote, mon petit. Je ne prétends pas être un expert en ce qui concerne la malaria dont les cas sont heureusement rares dans cette île, mais je ne me souviens pas d’avoir jamais entendu citer un cas où la maladie aurait été aussi discrète que chez toi. Néanmoins, si cela te fait plaisir, je peux te faire une prise de sang et rechercher notre fameux microbe !

— Je ne demande que cela ! »

Le docteur s’exécuta. Lui et Bob ne savaient pas s’il fallait s’étonner ou être inquiet en entendant les paroles de Norman. Si par hasard le jeune garçon avait raison et qu’il fût véritablement atteint, il fallait le rayer aussitôt de la liste des suspects. De plus sa conduite actuelle cadrait mal avec son caractère et ce que l’on savait de lui. Le docteur était très étonné de rencontrer un tel sens de l’analyse et une telle conscience chez un garçon de quatorze ans qui n’avait jamais montré auparavant un si grand souci de ses semblables. Bob, de son côté, ne comprenait plus rien car il avait toujours considéré Norman comme un camarade plus jeune que lui et peu capable de réfléchir. Une telle conduite cadrait mal avec ce que l’on savait de lui, et si le malade n’avait pas été l’un de ses meilleurs amis, Hay ne se serait certainement pas donné la peine de rassembler ses souvenirs d’enfance et encore moins d’en parler au médecin. Pour l’instant, sa conscience l’inquiétait, mais l’on pouvait présumer que s’il n’était pas venu voir le docteur ce soir-là, il aurait certainement changé d’avis le lendemain et n’en aurait pas parlé sans discerner les raisons qui l’avaient poussé à venir. Il était, maintenant, aussi inquiet que le docteur Seever de savoir s’il était ou non responsable de la maladie de Malmstrom. Néanmoins, il avait l’impression réconfortante de faire ce qu’il pouvait pour aider son camarade.

« Il va me falloir à présent un certain temps pour l’analyse, dit le docteur. Si par hasard tu l’avais, ce ne pourrait être que sous une forme très anodine. Si cela ne t’ennuie pas, je voudrais examiner d’abord la jambe de Bob. »

Malgré son désappointement visible au souvenir des premières paroles échangées, Norman acquiesça et se dirigea à contrecœur vers la porte en lançant à Bob : « Ne reste pas trop longtemps, j’ai hâte de savoir. » La porte à peine refermée, Bob se tourna vers le docteur pour lui dire précipitamment :

« Ne vous occupez pas de ma jambe, docteur, si tant est que ce ne soit un prétexte… Voyons d’abord ce que va donner l’analyse. Si les craintes de Norman sont justifiées, il faudra le rayer aussi de la liste des suspects.

— C’est bien ce à quoi j’ai pensé, répondit le docteur. Tu n’as pas vu que je prenais beaucoup plus de sang qu’il ne fallait ? J’ai envie de demander au Chasseur de l’examiner.

— Mais il ne connaît peut-être pas le microbe de la malaria.