— S’il le faut, j’irai en prendre chez Malmstrom pour lui permettre de comparer. Je vais faire une plaque tout de suite pour le passer au microscope. Le seul ennui est que je ne racontais pas de blague en parlant du caractère, sans doute bénin, de sa maladie. Je peux très bien faire des douzaines et des centaines de préparations sans découvrir le microbe et c’est pour cela que je voulais demander au Chasseur d’examiner tout le tube de sang. Là où il me faudrait des heures, il lui suffira d’une minute. Je me souviens de ce que tu m’as raconté sur la neutralisation des leucocytes qu’il avait réalisée dans ton sang. S’il a pu y arriver, il pourra, à plus forte raison, jauger toutes les cellules sanguines en un rien de temps. »

Le docteur alla prendre un microscope et d’autres appareils nickelés et se mit au travail.

Après avoir étudié deux ou trois lames, il leva la tête et déclara :

« Je ne trouve rien, mais c’est peut-être parce que je ne m’attends pas à découvrir quelque chose. »

Il se pencha de nouveau sur le microscope et Bob pensa que Norman en avait sans doute assez d’attendre et qu’il s’en irait voir Malmstrom tout seul. Seveer releva encore une fois la tête et dit :

« C’est incroyable, mais il est fort possible qu’il ait dit vrai… Il y a une ou deux cellules sanguines qui semblent avoir été attaquées par un microbe agissant comme celui de la malaria. J’ai vu un tas de choses, mais pas le microbe que je cherche. Je ne cesse jamais de m’étonner en découvrant l’incroyable variété des corps étrangers existant dans le système sanguin de l’être le mieux portant. Si toutes les bactéries que j’ai localisées quelques minutes pouvaient se reproduire en toute liberté, Norman aurait en très peu de temps la typhoïde, deux ou trois sortes de gangrènes extrêmement pernicieuses, une attaque d’encéphalite et au moins une bonne demi-douzaine d’infections diverses. Et pourtant, il se promène frais et rose avec pour toute manifestation quelques attaques de fièvre dont il ne se souvient même pas. Je suppose que tu… »

Il s’arrêta brusquement. On aurait cru que l’idée qui venait de germer dans le cerveau de Bob venait de le frapper également.

« Bon Dieu ! Malaria ou pas malaria, il y a certainement une maladie qu’il n’a pas. Je m’esquinte les yeux depuis plus d’une demi-heure à mettre un nom sur tout ce que je découvre alors que… Je suis vraiment idiot, Bob, tu ne trouves pas ? Mais si, tu peux me le dire ! Je vois bien que tu avais pensé à cela bien avant que je t’en parle. »

Il garda le silence pendant quelques instants en secouant la tête, puis reprit : « Ce serait un examen merveilleux, mais je ne peux quand même pas trouver un prétexte pour faire des prises de sang à tout le monde dans l’île. Dommage, car on saurait immédiatement à quoi s’en tenir. En effet, j’imagine mal le criminel lâchant une bordée de microbes dans le sang de son hôte dans le seul but de dissimuler sa présence… Il ne nous reste donc plus qu’un seul suspect sur la liste et j’espère que nous n’avons pas fait d’erreur dans notre élimination.

— Moi aussi, dit Bob. Car il n’y a plus personne sur la liste. J’ai rayé Hugh juste avant le dîner. » Il exposa les raisons qui avaient motivé cette décision et le médecin admit qu’elles étaient justes.