« J’aimerais quand même qu’il me fasse voir sa main, car avec des piqûres d’anémones de mer on ne sait jamais ce qui peut se passer. Avec notre système nous sommes au bout de la liste et il va falloir que le Chasseur découvre ses batteries, car pour nous les recherches sont terminées. Qu’en pensez-vous, Chasseur ?

« — Vous avez agi tout à fait logiquement, répondit-il, et si vous m’accordez encore cette nuit pour mettre sur pied un plan d’action, je vous l’exposerai demain. »

Le Chasseur se rendait parfaitement compte que la raison ainsi invoquée pour cet ultime délai était assez mince, mais il avait des motifs sérieux pour ne pas révéler à ses amis, pour l’instant, qu’il savait où se trouvait le fugitif.

XIX

SOLUTION

Bien que Bob ne partageât pas l’imbroglio de pensées qui agitaient l’esprit du Chasseur, il mit un certain temps à s’endormir. Hay s’était rendu, comme prévu, chez Malmstrom, et avait bavardé quelques instants avec le malade en compagnie de Bob jusqu’au moment où on les avait priés de partir pour laisser reposer leur camarade. Bob n’avait pas du tout suivi la conversation.

Le Chasseur avait déclaré qu’il était à même de fournir un plan d’action, et Bob qui, de son côté, en était incapable, s’étonnait d’avoir été dépassé dans cette recherche. Cette situation l’ennuyait et il essayait de reconstruire le raisonnement qu’avait pu tenir le Chasseur en partant de la découverte du morceau de métal sur la plage.

De son côté, le Détective n’était pas content de lui. En effet, c’était lui qui avait aiguillé Bob sur cette voie, dont il n’espérait d’ailleurs pas grand-chose, mais qui aurait dû permettre à son hôte d’agir de son côté en le laissant libre de travailler sur les données et les renseignements qui convenaient mieux à sa façon personnelle de raisonner. Et pourtant, là aussi, il avait échoué et se rendait compte maintenant combien il avait négligé certains problèmes depuis quelques jours en dépit des divers éléments que Bob et le docteur lui fournissaient sans cesse. Par chance, Bob avait suivi ses propres pensées au sujet du piège où il s’était blessé à la jambe. S’il ne s’était pas arrêté longuement à cet événement, le Chasseur aurait dû commencer à examiner Teroa et les autres garçons comme il avait été primitivement convenu. Dans ce cas le Chasseur aurait abandonné le corps de Bob pendant des périodes interminables de trente-six heures au moins, au cours desquelles il n’aurait pu enregistrer toutes les preuves qu’on lui apportait volontairement ou non, chaque jour. La plupart n’avaient aucune valeur, mais, reliées entre elles, elles donnaient naissance à un ensemble particulièrement intéressant.

Le Chasseur attendait avec impatience que son hôte s’endormît. Il devait agir, et agir très vite. Bob avait les yeux fermés, et le Chasseur n’était plus en rapport avec le monde extérieur que par les sensations auditives de Bob. Néanmoins, les battements de cœur du jeune garçon et sa respiration prouvaient qu’il était encore éveillé. Pour la millième fois le Détective regretta de ne pouvoir lire dans les pensées de son hôte.

Il avait un peu l’impression de se promener dans une allée noire, obligé qu’il était de transcrire tout ce qu’il entendait. Des bruits divers lui permettaient tout de même de se faire une idée assez exacte de l’endroit où il se trouvait et des environs. Il écoutait le bruit sourd et incessant des brisants qui lui parvenait d’un kilomètre au-delà de la colline, puis le faible bourdonnement des insectes de la forêt voisine où se mêlait de temps à autre le bruissement de petits animaux fuyant pour sauver leur vie. Il percevait beaucoup plus distinctement le bruit que faisaient les parents de Bob en allant se coucher.