Le Chasseur venait d’avoir une idée qu’il supposait excellente. Il ne savait pas encore s’il serait possible de la mettre en pratique, mais ses connaissances en biologie l’amenaient tout naturellement à songer à des améliorations auxquelles les hommes n’avaient pas pensé.
Bob se lança dans une description enthousiaste de ses promenades passées, et le Chasseur apprit à connaître la barrière de récifs et comment l’on parvenait à passer à travers l’entrelacs des coraux. En résumé il sut tout ce qu’il était possible de connaître sans avoir réellement parcouru l’île.
Lorsqu’ils remontèrent sur le pont, on apercevait au loin le sommet de la montagne surplombant Tahiti. Bob ne perdit d’ailleurs pas une seule minute à contempler le spectacle. Il se dirigea vers un panneau et descendit dans la salle des machines. Un seul homme était de service, et dès qu’il aperçut le garçon il étendit la main vers le téléphone comme pour appeler à l’aide, mais n’acheva pas son geste et dit en riant :
« Vous voilà encore ! Ne vous approchez pas des turbines avec ces chaussures-là. Je n’ai pas envie d’aller vous dérouler de l’arbre de couche. Vous ne connaissez pas encore par cœur tout ce qu’il y a à voir ici ? »
Bob obéit et resta sur la passerelle qui courait tout autour de la salle bruyante. Son regard ne quittait pas les cadrans qui s’étageaient devant le mécanicien. Il savait ce que signifiaient certains d’entre eux, et le marin lui expliqua l’emploi des autres. Leur mystérieux pouvoir d’attraction s’évanouissait au fur et à mesure qu’il en découvrait l’usage. Et le jeune garçon recommença à rôder autour des machines. Un autre mécanicien venait d’entrer pour surveiller la marche des immenses turbines. Il écoutait attentivement le doux bruissement du métal en s’efforçant de déceler la fuite d’huile, ou le mauvais joint qui risquait de tout arrêter sans le moindre avertissement. Bob, très intéressé, le regardait faire. Il savait jusqu’à quel point il pouvait rester là sans être considéré comme un gêneur et sa visite se renouvela plusieurs fois pendant la traversée.
À un certain moment il se trouvait tout près du puits de l’arbre de couche pendant que le mécanicien surveillait un coussinet. Le voisinage était évidemment dangereux. Le Chasseur ne s’aperçut pas immédiatement que son hôte risquait un accident. Il était habitué à voir des machines beaucoup moins grosses et dont toutes les parties mobiles étaient soigneusement protégées. Il aperçut les bielles et les pistons travaillant à peu près à l’air libre, mais ne songea pas un instant au danger que cela présentait, lorsqu’un chapelet d’injures jaillit du tumulte de l’arbre d’hélice. À l’instant même Bob retira brusquement sa main et le Chasseur ressentit en même temps que son hôte la brusque douleur causée par une traînée d’huile bouillante sur la peau du jeune garçon. Dans la demi-obscurité, le mécanicien avait versé une quantité trop grande de lubrifiant sur le palier qu’il surveillait. Le trop-plein s’était échappé de tous côtés avec les résultats douloureux que l’on connaît.
Le mécanicien sortit en reculant de sa position incommode en donnant libre cours à sa colère. L’huile l’avait brûlé à plusieurs endroits, mais dès qu’il vit Bob il lui demanda, très inquiet :
« Tu es blessé, petit ? »
Il savait très bien ce qui se passerait s’il arrivait un accident à Bob pendant que celui-ci était avec lui. Le commandant avait donné des ordres particulièrement stricts pour préciser ce qui était permis ou défendu à l’enfant. Bob avait également d’excellentes raisons pour ne pas ébruiter l’affaire et il tint sa main derrière son dos en répondant de son air le plus naturel :
« Non, pas du tout, mais que vous est-il arrivé ?