Sur la plage, les garçons finirent par se calmer, à présent que le sel avait séché sur leur peau bronzée. L’un d’eux s’assit par terre face à l’océan et demanda brusquement :
« Bob, à quelle heure tes parents doivent-ils apporter le panier aux provisions ? »
Avant de répondre, Robert Kinnaird se laissa tomber à plat ventre sur la plage.
« Ma mère a dit vers quatre heures et demie. Tu ne penses donc qu’à manger ? »
Le garçon roux qui avait posé la première question marmonna quelques mots incompréhensibles et s’allongea sur le dos, le regard fixé sur le ciel d’un bleu sans nuance. Un autre garçon déclara alors, au bout de quelques minutes :
« C’est quand même dommage que tu sois obligé de partir demain. J’aimerais bien partir avec toi.
— Au fond ce n’est pas si triste, répondit Robert d’une voix lente. Je vais retrouver un tas de camarades à l’école, et puis là-bas, au moins, je pourrai faire du ski et patiner. De toute façon, je reviendrai ici l’été prochain. »
La conversation s’arrêta là et les garçons se laissèrent rôtir par le soleil en attendant Mme Kinnaird qui devait apporter le pique-nique d’adieu. Robert était le plus près de l’eau, car il voulait rester en plein soleil. Les autres avaient préféré regagner la douce ombre des palmiers. Robert, qui pourtant était déjà très bronzé, voulait profiter jusqu’au dernier moment du soleil des tropiques, qui allait lui manquer pendant plus de dix mois. L’air était chaud et Robert venait de se dépenser comme un fou pendant plus d’une demi-heure. Peu à peu, il sentit le sommeil le gagner.
Le Chasseur observait la scène avec de plus en plus d’intérêt. Ces créatures énervées avaient-elles enfin décidé de se calmer ? Les apparences permettaient de le croire. Les quatre bipèdes étaient étendus sur le sable dans des positions diverses qu’ils trouvaient sans doute confortables. L’autre animal s’était couché non loin de là, la tête posée sur ses pattes. La conversation cessa brusquement, et le Chasseur décida de courir sa chance. Il se déplaça rapidement vers le bord de la plage.
Le garçon le plus proche se tenait à plus de dix mètres de l’eau. Dans sa position actuelle le Chasseur ne pouvait continuer à surveiller la scène tout en se déplaçant sous le sable vers le corps, immobile maintenant, qu’il avait choisi. Sans aucun doute, il devait transformer son apparence et, une fois encore, les méduses lui servirent de modèle. On en comptait un certain nombre qui gisaient inertes sur le sable. Le Chasseur pourrait peut-être ne pas éveiller l’attention s’il se déplaçait lentement pour se rapprocher de l’endroit où il s’enfoncerait dans le sable et déclencherait son attaque.