Le repas fini, les garçons restèrent un moment à bavarder, puis firent la sieste sous les arbres. Ils retournèrent ensuite à l’eau pour reprendre les jeux et les plongeons du matin avec peut-être encore plus d’entrain. S’apercevant brusquement que la nuit des tropiques allait les envelopper d’un moment à l’autre, ils se hâtèrent de rassembler leurs affaires, de plier la nappe et de se mettre en route pour rentrer chez eux. Ils ne disaient plus rien à présent, en proie à la gaucherie naturelle de leur âge devant la séparation des fins de vacances. Des adultes auraient sans doute fait montre de plus d’émotion ou au contraire d’un détachement bien simulé. Leurs adieux furent brefs, et chacun promit « d’écrire dès que possible ».
Bob rentra donc seul chez lui en proie à un étrange mélange de regrets et de plaisirs en songeant à l’avenir. En entrant dans la maison de ses parents, c’est ce dernier sentiment qui avait pris le dessus et il pensait déjà avec impatience au jour proche où il retrouverait ses camarades d’école, quittés depuis plus de deux mois. Il se mit à siffler un air joyeux.
Grâce à l’aide toujours bienveillante de sa mère, Bob acheva rapidement sa valise et neuf heures venaient à peine de sonner qu’il était déjà au lit et presque endormi.
Comme il l’espérait, le Chasseur put rester au calme pendant plusieurs heures et il n’avait pas encore bougé que Bob dormait profondément. Néanmoins, il lui était impossible de rester ainsi un jour entier. Même s’il ne bougeait pas d’un pouce, le simple fait de vivre nécessitait une certaine quantité d’énergie et par conséquent d’oxygène. Il s’aperçut que ses réserves diminuaient et qu’il allait être forcé de trouver une source d’oxygène avant que le besoin ne s’en fît trop cruellement sentir.
Le Chasseur savait que son hôte dormait. Il prit malgré tout les mêmes précautions qu’auparavant. Il se trouvait pour l’instant sous le diaphragme et ne voulait pas monter plus haut de crainte de déranger le cœur qu’il entendait battre juste au-dessus de lui.
De cet endroit, il lui fut très facile de découvrir une grosse artère qu’il put traverser sans difficulté. À sa grande satisfaction il constata que les globules rouges pouvaient lui fournir assez d’oxygène pour ses besoins sans que la masse totale de sang qui circulait dans l’artère s’en trouvât diminuée. Son présent comportement était très différent de celui qui avait présidé à sa courte visite dans le corps du requin. En effet, le Chasseur en était venu à considérer Robert comme le compagnon permanent qu’il élirait durant son séjour sur la Terre. Ses gestes étaient dictés par une loi très stricte de son ancien monde, loi qui remontait à des temps si éloignés qu’elle était devenue une sorte d’instinct :
« Tu ne gêneras point ton hôte. »
III
HORS DE JEU
« Tu ne gêneras point ton hôte. »