— Et le bébé, que va-t-il devenir ? Va-t-elle maintenant s’établir, exercer ? Le choix s’impose : ou ses malades, ou son enfant. Je ne comprends guère une jeune mère qui trotterait par les rues, du matin au soir. Impossible d’allaiter le petit, en tout cas. Voyez-vous un enfant chez moi, mon cher maître ? Cinq personnes attendent actuellement ma consultation ; je soigne en ville sept jeunes femmes, trois enfants ; je puis être demandée sans délai à l’autre bout de Paris ; demain je donne le chloroforme avec vous, rue Montaigne ; j’attends d’ici huit jours trois accouchements ; j’ai en cours des études bactériologiques très sérieuses, mon laboratoire me prend trois heures, chaque matinée ; je déjeune demain avenue Marigny ; après-demain j’ai un concert chez une jeune malade…

Et, ne pouvant retenir un rire de triomphe qui la faisait cependant moins orgueilleuse, plus femme :

— Vous voudriez que, par-dessus le marché, j’eusse des enfants !

Il se leva pour céder la place aux consultants, et, tendant la main à la jeune femme :

— Adieu, Phénomène !

Puis, à la porte, paternellement :

— Je vous souhaite le grand amour… qui vous vaincra !

Restée seule, la doctoresse demeura debout, au milieu de la grande pièce blanche ; ses yeux fixes s’adoucirent, elle murmura en elle-même :

« Le grand amour… Pourquoi pas ? »

Et, songeant qu’un jour peut-être Boussard serait ici, devant elle, disant pour elle seule des mots qui révéleraient son âme inconnue, elle s’étonna de sentir en elle-même tant de trouble et de douceur.