Pautel était un homme du Nord, froid, réfléchi et insondable. Thérèse eut une pointe d’humeur devant cette obstination tranquille.

— Vous êtes buté, je le vois. Ne comptez pas sur moi pour plaider votre cause, mon pauvre ami ; ce n’est pas moi qui conseillerai à Dina une mauvaise action : or, ce que vous demandez est une mauvaise action.

Et, se levant, elle boutonna sa jaquette, rajusta ses gants pour partir ; et elle scandait fièrement, nerveuse et offensée :

— Une mauvaise action, vous entendez !

Guéméné sourit amoureusement en la regardant. Elle lui semblait une Minerve orgueilleuse et charmante, et si femme, toujours, dans ces colères puériles et irraisonnées ! Par un mouvement d’humeur, elle s’était écartée des deux hommes. Ceux-ci se levèrent, à leur tour. Guéméné, se retournant alors vers Pautel, le vit blêmir. Il en eut pitié et dit :

— Allons, vieux, du calme ! Qu’importent ces discussions ? Si elle t’aime, tout est gagné.

— Oui, mais si elle ne m’aime pas, je suis fichu.

— Écoutez, Pautel, dit Thérèse qui revint vers lui, un peu apaisée, je veux bien me résigner à la démarche que vous attendez de moi, mais j’hésite à en prendre seule la responsabilité. Demain je ne dirai rien à Dina lors de la visite, je l’amènerai déjeuner chez nous, et c’est dans notre nid, dans l’atmosphère de notre foyer, de notre heureuse intimité conjugale, qu’elle apprendra votre amour, et quel sacrifice vous exigez d’elle.

Et, après une poignée de main de bonne camarade, elle le laissa rêver dans ce square où le pépiement des oiseaux devenait assourdissant. Elle s’en allait triomphante au bras de son jeune mari. Guéméné l’entendit murmurer tendrement, à la cadence de leur marche à deux :

— Oh ! Fernand ! Fernand ! merci des choses que tu as dites. Je vois enfin que tu m’as comprise. Ah ! je sais, moi, ce qu’est le bonheur !