— N’importe, dit-il, si je trouve !

De ce jour, le hasard renouvela quelquefois leurs rencontres. Elles étaient brèves. Ils s’embrassaient entre deux fenêtres, furtivement, échangeaient quelques propos rapides, se séparaient, puis, à quelques mètres l’un de l’autre, se retournaient encore pour se sourire ; et leurs pas résonnaient sur le plancher des immenses vestibules nus. Elle se rendait aux salles de pathologie ; lui, à celles de thérapeutique.

La clinique de Boussard passionnait Thérèse. Cet homme insondable, marmoréen, acquérait, au lit des malades, une suave éloquence. La jeune femme ne croyait pas ignorer tant de choses qu’elle apprenait de lui sur l’art des diagnostics, choses non écrites dans les livres, toute une science inédite, personnelle, résultat de ses observations, de son propre génie médical, et qui, passant dans un élève bien préparé, faisait encore de celui-là un maître. Boussard reforgeait Thérèse, la préparait magistralement à la carrière. Elle se rendait chaque jour à son service avec la légèreté de cœur d’une femme qui court au plaisir.

Un matin, au lever, une syncope la cloua au pied du lit. Fernand s’effraya, la soutint, appela les bonnes. On s’empressa ; mais elle congédia les deux femmes et, revenue à elle, demeurait livide, avec une intraduisible expression de chagrin au fond de ses yeux humides.

— Tu souffres ? demanda Fernand, affolé.

Elle dit non, d’un signe.

— Mais tu es malade, Thérèse ! Que peux-tu bien avoir ?

— Je sais ce que c’est, dit-elle ; cette syncope m’a renseignée.

Elle s’abattit dans le fauteuil, les mains pendantes sur son peignoir, avec un découragement indicible ; puis, de ses yeux, des larmes jaillirent, coulèrent lentement, plus abondantes à mesure qu’une pensée plus intense, plus nette, aiguisait son regard.

— Thérèse ! cria Fernand.