Il s'abandonnait et elle le soutenait entre ses bras.
"Si j'avais été la plus chic, j'aurais fait de toi un homme, au lieu de ne penser qu'au plaisir de ton corps, et au mien. La plus chic, non, non, je ne l'étais pas, mon chéri, puisque je te gardais. Et c'est bien tard…."
Il semblait dormir dans les bras de Léa, mais ses paupières obstinément jointes tressaillaient sans cesse et il s'accrochait, d'une main immobile et fermée, au peignoir qui se déchirait lentement.
"C'est bien tard, c'est bien tard…. Tout de même…."
Elle se pencha sur lui;
"Mon chéri, écoute-moi. Éveille-toi, ma beauté. Écoute-moi les yeux ouverts. N'aie pas peur de me voir. Je suis tout de même cette femme que tu as aimée, tu sais, la plus chic des femmes…."
Il ouvrit les yeux, et son premier regard mouillé était déjà plein d'un espoir égoïste et suppliant. Léa détourna la tête : "Ses yeux…. Ah! faisons vite…." Elle reposa sa joue sur le front de Chéri.
"C'était moi, petit, c'était bien moi cette femme qui t'a dit : "Ne fais pas de mal inutilement, épargne la biche…." Je ne m'en souvenais plus. Heureusement tu y as pensé. Tu te détaches bien tard de moi, mon nourrisson méchant, je t'ai porté trop longtemps contre moi, et voilà que tu en as lourd à porter à ton tour : une jeune femme, peut-être un enfant…. Je suis responsable de tout ce qui te manque…. Oui, oui, ma beauté, te voilà, grâce à moi, à vingt-cinq ans, si léger, si gâté et si sombre à la fois…. J'en ai beaucoup de souci. Tu vas souffrir,—tu vas faire souffrir. Toi qui m'as aimée…."
La main qui déchirait lentement son peignoir se crispa et Léa sentit sur son sein les griffes du nourrisson méchant.
"… Toi qui m'as aimée, reprit-elle après une pause, pourras-tu…. Je ne sais comment me faire comprendre…."