"Et qu'est-ce que c'est, clama Mme Peloux soudain lyrique, qu'est-ce que c'est que ce temps, à côté de celui qu'ILS doivent avoir en Italie!

—Le fait est…. Vous pensez!…" répondirent les voix serviles.

Léa tourna la tête vers les voix en fronçant les sourcils :

"Si au moins elles ne parlaient pas", murmura-t-elle.

Assises à une table de jeu, la baronne de la Berche et Mme Aldonza jouaient au piquet. Mme Aldonza, une très vieille danseuse, aux jambes emmaillotées, souffrait de rhumatisme déformant, et portait de travers sa perruque d'un noir laqué. En face d'elle et la dominant d'une tête et demie, la baronne de la Berche carrait d'inflexibles épaules de curé paysan, un grand visage que la vieillesse virilisait à faire peur. Elle n'était que poils dans les oreilles, buissons dans le nez et sur la lèvre, phalanges velues….

"Baronne, vous ne coupez pas à mon quatre-vingt-dix, chevrota Mme
Aldonza.

—Marquez, marquez, ma bonne amie. Ce que je veux, moi, c'est que tout le monde soit content."

Elle bénissait sans trêve et cachait une cruauté sauvage. Léa la considéra comme pour la première fois, avec dégoût, et ramena son regard vers Mme Peloux.

"Au moins, Charlotte a une apparence humaine, elle…."

"Qu'est-ce que tu as, ma Léa? Tu n'as pas l'air dans ton assiette?" interrogea tendrement Mme Peloux.