—Il ne faut pas être triste, dit doucement Mme Dalleray.
—Je ne suis pas triste, protesta vivement Philippe. Vous ne pouvez pas comprendre...
Elle inclina sa tête aux cheveux lustrés.
—C'est juste. Je ne peux pas comprendre. Pas tout.
—Oh...
Philippe contempla, avec une défiance religieuse, celle qui l'avait délivré d'un secret redoutable. Ces petites oreilles rougies retentissaient-elles encore d'un cris bas, étouffé comme le cri d'un être à qui on coupe la gorge?... Ces bras, riches de muscles à peine visibles, l'avaient porté, léger, évanoui, de ce monde dans un autre monde; cette bouche, avare de paroles, s'était penchée pour transmettre à sa bouche un seul mot tout-puissant et pour murmurer, indistinct, un chant qui venait, écho affaibli, des profondeurs où la vie est une convulsion terrible... Elle savait tout...
—Pas tout, répéta-t-elle, comme si le silence de Philippe eût quêté une réponse. Mais vous n'aimez pas que je vous pose des questions. Et je suis quelquefois un peu indiscrète...
«Comme l'éclair, oui, pensa Philippe. Le temps d'un zigzag de foudre, on est bien forcé de lui livrer ce que le grand jour même laisse dans l'ombre...»
—Et je voulais savoir seulement si vous seriez bien aise de me quitter.
Le jeune homme baissa les yeux sur ses pieds nus. Un vêtement lâche, de soie brodée, le déguisait en prince oriental, et l'embellissait.