En quoi elle se trompe, car Bel-Gazou, dans sa voiture, n'a pas même entendu l'exclamation de la dame mélancolique: elle suit dans le ciel le vol d'un avion. Ses yeux gris, dont la prunelle est cerclée de vert obscur, ne vacillent pas sous la lumière. La vieille dame et les rares promeneurs peuvent admirer à leur aise ses joues animées d'un sang brun, le dessous charmant de son nez ingénu, ses cils vibrants, ses cheveux fins et plats, et dans sa bouche entr'ouverte ses belles dents de dix-huit mois, larges, épaisses à la base, coupantes au bord....

L'avion a quitté le ciel:

—Taube! dit Bel-Gazou, d'un air obligeant, à la dame âgée.

Et elle ajoute, à titre de simple renseignement:

—Boum. Fusil.

—Oh! croyez-vous? objecte très sérieusement la vieille dame. Vous vous trompez. C'est un français.

Un français! Ce dernier mot déchaîne le facile chauvinisme de Bel-Gazou, qui entonne d'une voix perçante:

A mon zafa de la patr-i-e!...

Sa Marseillaise ne va pas plus loin.

Et d'ailleurs la voici toute, à présent, au zouave éclopé qui jette, de sa main valide, du pain aux canards.