«A This, le curé, vieillard de soixante-quinze ans, est attaché à la sangle d'un cheval, par les mains liées, et on a fait courir la bête. Afin d'aggraver les chutes, une corde avait été attachée à la jambe de l'ecclésiastique, sur laquelle les soldats tiraient.
«Bombardement de l'hospice, sans raison militaire. On y envoie des projectiles incendiaires.... Ordures collectives déposées dans les salons, les armoires, les bureaux de poste. Les officiers volent l'argenterie à la fin des repas. Le général von der Tann se conduit en sauvage à la sous-préfecture.
«Au château de M. Thomas, une remise renfermait trente blessés. Les Allemands l'incendièrent, les trente blessés périrent dans les flammes.
«Lacroix, tisseur, a les deux mains tranchées avant d'être brûlé vif.
«M. Legrand, notable de Cléry, héberge des officiers de uhlans. Le capitaine fait garrotter M. Legrand, le frappe, finalement le tue. On passe ensuite une corde entre les dents du cadavre, qu'on attache dehors au linteau pour le faire geler. Plusieurs corps allemands défilèrent devant ce trophée.
«Le jardinier Renoult, demeurant au Frou, est à moitié assommé par un soldat prussien, à coups de crosse. Un officier se trouve là, saisit son sabre, fend à demi le crâne de Renoult. Le pauvre innocent est traîné, garrotté, la tête sanglante, à cinq cents mètres du bourg, où un peloton prussien, avant de le passer par les armes, a la barbarie de lui couper le nez et les oreilles et de lui crever les yeux....»
Je n'ai pas le courage d'en citer plus. Il y en a, il y en a.... Et la date? Dix-neuf cent quinze? Non, dix-huit cent soixante et onze. On pouvait s'y tromper. Un Anglais, épris de documentation précise, publia, quelques années avant la guerre, cette longue et lamentable liste, qui voisine dans le volume avec celle des «papes déposés ou assassinés» et celle des «personnes célèbres qui ont été malheureuses dans leurs mariages.»
[LE REFUGE]
13 avril 1915.