Et il ajoute, répondant à notre regard de surprise:

—Moi, je suis officier indien, né dans l'Inde. J'ignore tout de l'armée britannique. Moi, je suis de là....

Cet «Indien» rose et blond désigne derrière lui une autre région du camp, appauvrie aujourd'hui par un départ récent des troupes de l'Inde. Les avenues sont vides, sauf, de moment en moment, un cuisinier aux jambes nues, aux pieds dansants, qui va d'une tente à l'autre; sauf quelque surprenant infirmier à la tête voilée, qui abaisse, pour passer près de nous, des paupières mystérieuses sur des yeux léonins.

—Vous voulez voir une des cuisines du camp indien?

C'est toujours le même édifice de bois, une belle et bonne maison démontable, éclairée par l'électricité. Mais ici nous cherchons vainement les fourneaux de fonte: sous l'ampoule lumineuse, un chaudron de sorcière fume, posé sur trois pierres, et d'un être accroupi, indistinct, sort une longue main foncée, fine, d'une noblesse sauvage, qui jette à poignées, dans la vapeur, je ne sais quel charme....

L'heure vient de quitter le camp, de regagner l'autre Rouen par un des tramways, que nous croisions tout à l'heure, chargés de Sikhs en turban, graves, et d'infirmières anglaises, beaucoup moins graves sous leur chapeau de boy-scout et leur court mantelet margé de rouge. Encore un instant, le temps de prendre une fleur à l'un des mille petits jardins en plates-bandes, orgueil du camp,—le temps de consulter l'affiche à la porte d'une salle de conférences, et d'y lire:

Demain, à 4 heures,
CAUSERIE SUR JEANNE D'ARC


[UN ZOUAVE]

Mai 1915.