«—Je ... mes excuses....
«—Allez, lieutenant. Et surtout, dites que je fais très bien la salade. Je tiens énormément à ma réputation de cuisinier.»
C'est de l'Italie que le zouave était resté épris. Debout et si vif encore à soixante-dix ans, sur sa jambe unique, il chantait des chansons italiennes, il rajeunissait à nous peindre les fleurs, le soleil, les femmes de l'Italie, et ses récits oubliaient deux choses, toujours les mêmes,—deux minces détails: les Autrichiens et sa blessure.... Un zouave, enfin, un vrai zouave comme tant de zouaves de 1859 et de 1915. Seulement, celui-là me semble encore plus beau que les autres, parce qu'il était mon père.
Il eut,—amputé, convalescent, et plus impatient dans son lit d'hôpital qu'un loup en cage,—la visite de l'empereur. Napoléon III allait de lit en lit, serrant des mains fiévreuses et questionnant les blessés. Le capitaine de zouaves ne montrant, hors du drap tiré, qu'une jeune tête maigre, aux yeux furieux et gais, l'empereur lui demanda:
—Vous, mon ami, où êtes-vous blessé?
—Rien, Sire ... une égratignure.
—Une égratignure? Montrez-moi donc ça?
Le zouave montra «ça»,—et l'un des aides de camp de l'empereur, mort il y a cinq ans, n'oublia jamais «ça».... L'empereur dit, après un moment:
—Je voudrais faire quelque chose pour vous....