L'artiste capillaire qui vient donner à ma chevelure le «pli flou»—comme il dit—que la nature lui a refusé s'appelle Jean. Il a, de sa corporation, l'indolence élégante, le cheveu, la barbe lustrés, la main prestidigitatrice. Une pleurésie mal soignée le retient loin du front où ses frères se battent.
Lundi passé, je lui vois, ainsi que tous les autres lundis, mauvaise mine; il ravale des bâillements et s'appuie du dos au mur. Je ne manque pas de lui demander:
—Qu'est-ce que vous avez encore fait de votre dimanche, Jean?
Il soupire:
—Oh! la même chose.... Je suis été là-bas.
Là-bas, c'est le coin d'Ile-de-France où ses parents, restés paysans, vivent sur un petit bien.
—Ah! vous étiez là-bas? C'était bon, hein?
—C'était pas mauvais, répondit-il froidement. Mais ses narines battent, et il pince la bouche.
—Racontez, Jean.
—Peuh ... souffle Jean d'un air détaché, en faisant la moue à son fer chaud.... Soudain il se penche, confidentiel, et je vois dans la glace, au-dessus de ma tête, un Jean méconnaissable, une figure de braconnier où les yeux menacent et les dents blanches rient: