L'orée du bois nous rejette dans un bain éblouissant de lumière, d'herbe chaude, d'odeurs animales et potagères: la ferme est là. Aux cris de héraut de Bel-Gazou répondent ceux des coqs, des cochons, des dindons sanglotants et des chiens de troupeaux....

—Pétits, pétits, pétits! glapit Bel-Gazou. Eh! les povres pétits!

Et un moment elle est environnée de poules, becquetée de pintades, et voici que cinquante poussins déjà emplumés, un peu jaunes encore aux commissures du bec, l'ont envahie jusqu'aux épaules. Tantôt elle les secoue d'elle et tantôt elle les encourage. Elle est rouge d'orgueil et rit avec sévérité. Un petit Dieu charmeur d'oiseaux.... L'enfance du saint qui parlait aux abeilles ... Mowgli de la jungle limousine....

Des plaintes de volaille jugulée coupent mon extase maternelle et littéraire. Bel-Gazou a saisi par les pattes le plus gros poulet qui piaille, tête en bas, ailes ouvertes:

—Bel-Gazou! Chérie! tu lui fais mal, lâche-le!

Bel-Gazou, avant de répondre et d'obéir, avance une lippe importante:

—Je lui fais pas du mal, je le pèse.

—Il n'a pas besoin que tu le pèses.

—Si, il a besoin. Quand il sera lourd, lourd, lourd, il ira au marché. Et on le vendra cher, cher, cher!

—Combien? Tu ne sais pas combien?