Minne est assise face au grand jour, le reflet des feuilles, la réverbération du boulevard Berthier, blanc comme une route campagnarde, la pâlissent encore. Distraite, absorbée depuis le matin, elle fixe sans cligner, la fenêtre éblouissante, avec une attention de somnambule. Elle suit ses visions familières, cauchemars longuement inventés, tableaux recomposés cent fois, et que varie la minutie des détails: la Tribu, honnie et redoutée, des Sveltes et des Trapus coalisés assaille Paris terrifié... Un soir, vers onze heures, les vitres tombent, des mains armées de couteaux et d’os de mouton renversent la table paisible, la lampe gardienne... Elles égorgent confusément, parmi des râles doux, des bondissements ouatés de chat... Puis, dans des ténèbres rosées d’incendie, les mains enlèvent Minne, l’emportent d’une force irrésistible, on ne sait pas où...
—Minne chérie, un peu de tarte?
—Oui, maman, merci.
—Et du sucre en poudre?
—Non, maman, merci.
Inquiète de sa Minne pâle et absente, Maman la désigne du menton à l’oncle Paul qui hausse les épaules:
—Peuh! elle va très bien, cette enfant. Un peu de fatigue de croissance...
—Ce n’est pas dangereux?
—Mais non, voyons! C’est une enfant qui se forme tard, voilà tout. Qu’est-ce que ça te fait? Tu ne veux pas la marier cette année, n’est-ce pas?
—Moi? grand Dieu!...