Il n’a pas su se contenir, il s’explique maladroitement, et Minne se cabre:

—Alors, quand vous ne pourrez pas vous passer de moi, il faudra que je vienne ici à n’importe quelle heure?

Elle n’a pas haussé le ton, mais sa bouche nerveuse blanchit et elle regarde son amant de bas en haut, en bête faible et menaçante. Il s’effraie et saisit les froides petites mains dégantées:

—Dieu! Minne, que nous sommes fous! Qu’est-ce que j’ai? qu’est-ce que je dis? Pardonne-moi... C’est que je t’aime: tout le mal vient de là; c’est que je me fais un mal infini en pensant à toi, à toi telle que tu étais hier, telle que tu vas être... Dis, dis, n’est-ce pas? telle que tu étais hier, toute pâle dans tes cheveux, et puis toute fatiguée sur le lit, avec tes pieds pointus et joints...

Il parle, et déshabille Minne. Ses baisers, l’accolement de son jeune corps vigoureux et rose, qui sent la blonde, l’éclair de beauté mystérieuse qui le visite à cette minute-là, raniment au fond des yeux sombres de Minne, encore une fois, l’espoir du miracle attendu... Mais, encore une fois, il succombe seul, et Minne, à le contempler si près d’elle immobile, mal ressuscité d’une bienheureuse mort, déchiffre au plus secret d’elle-même les motifs d’une haine naissante: elle envie férocement l’extase de cet enfant fougueux, la pâmoison qu’il ne sait pas lui donner: «Ce plaisir-là, il me le vole! C’est à moi, à moi, ce foudroiement divin qui le terrasse sur moi! je le veux! ou bien, qu’il cesse de le connaître par moi!...»

—Minne!

L’enfant, apaisé, soupire ce nom, et rouvre les yeux dans l’ombre colorée des rideaux. Il n’est plus méchant, il n’est plus jaloux, il est heureux et câlin, il cherche Minne à travers le grand lit...

—Minne, tu reviens? Tu es longue!...

Comme elle ne revient pas, il se soulève, s’assied, et demeure béant à constater que Minne, corsetée, renoue dans ses cheveux l’étroit ruban de velours noir.

—Tu es folle! tu t’en vas?