—Oui, j’ai couché avec lui. J’ai couché avec lui et trois autres, en comptant Antoine. Et pas un, pas un, vous entendez bien, ne m’a donné un peu de ce plaisir qui les jetait à moitié morts à côté de moi; pas un ne m’a assez aimée pour lire dans mes yeux ma déception, la faim et la soif de ce dont, moi, je les rassasiais!

Elle crie, tend ses poings fermés, se frappe la poitrine. Elle est théâtrale et touchante. Maugis la contemple et l’écoute avidement:

—Alors, jamais... jamais?...

—Jamais! redit-elle, plaintive. Est-ce que je suis maudite? est-ce que j’ai un mal qu’on ne voit pas? est-ce que je n’ai rencontré que des brutes?

Elle est presque vêtue, mais ses cheveux désordonnés pendent encore, rejetés en crinière sur une épaule. Elle tend vers Maugis des mains mendiantes:

—Est-ce que vous ne voudriez pas, vous, essayer...

Elle n’ose rien ajouter. Son gros ami s’est levé d’un bond de jeune homme et la saisit par les épaules:

—Mon pauvre amour! C’est moi qui vous crierai, à présent: «Jamais!» Je suis un vieil homme très épris de vous, mais un vieil homme! Je suis là, près de vous, le gros Maugis, avec son bedon jovial dans son sempiternel gilet clair, le Maugis en uniforme... Mais vous montrer, maintenant que je sais votre ignorance, la bête qu’il y a sous le gilet clair et la chemise à plis, illustrer votre souvenir d’une déception pire que les autres, d’une obscénité sans grâce et sans jeunesse... non, ma chérie, jamais! Faites-moi la seule charité de croire que j’y ai quelque mérite, et puis... et puis, filez!... Antoine pourrait s’inquiéter...

Elle essaie un sourire, une malice dernière:

—Il aurait bien tort.