—C’est vrai, mon Minou; mais tout le monde ne peut pas savoir que je suis un saint.
—Pourtant, si vous vouliez... À présent, je n’ai plus peur...
Maugis rassemble dans sa main toute la chevelure de Minne; lentement, il l’effiloche à contre-jour, pour le plaisir de la voir ruisseler...
—Je sais bien. Mais c’est moi qui n’aurais plus un fil de sec!
Elle n’insiste pas, relève ses cheveux rapidement, et paraît regarder le fond sombre de ses pensées. Maugis lui tend un à un les petits peignes couleur d’ambre, le ruban de velours noir, le chapeau, les gants...
La voici telle qu’elle est arrivée; et toute la sensualité du gros homme crie de regret, se raille férocement... Mais Minne, prête à sortir, appuyée d’une main sur son ombrelle, tourne vers lui un charmant et nouveau visage, des yeux alanguis de larmes, une caressante et triste bouche. Elle embrasse d’un regard les murs d’un vert assourdi, les fenêtres où meurt le jour couleur de mandarine, la robe japonaise qui flambe dans l’ombre, et dit:
—Je regrette de m’en aller d’ici. Vous ne pouvez pas savoir ce qu’il y a de nouveauté pour moi dans un tel sentiment...
Maugis incline la tête, très grave:
—Je le sais. Je n’ai pas fait grand-chose de propre dans toute ma vie... Laissez-moi, pour ma boutonnière, cette fleur-là: votre regret.
La main sur la porte, elle implore tout bas.