Il n’insiste pas. Il s’éloigne après un baiser sur la petite main dégantée, et Minne reste seule parmi tant d’inconnus, parmi le silence bourdonnant et studieux des salles de jeu...

Elle frissonne, en songeant à l’âpre vent qui balaie, ce soir, la Corniche... Un méchant hasard a jeté Minne et Antoine en pleine tempête sèche; des paillettes de silex volent sous le ciel plombé, la Méditerranée est couleur d’huître grise...

Absorbée, Minne arrive, enfin, jusqu’à Antoine, qui l’a attendue sous l’horloge, et sort, à son bras, du Casino.

Le vent a balayé le ciel, où vogue une lune mauve. Les palmiers immobiles jalonnent l’avenue, les hôtels crémeux, les villas couleur de beurre rivalisent de blancheur... Mais la beauté de la nuit claire est sur tout cela, et, dans le vent qui tiédit, passe un souffle de printemps...

«Il fait presque aussi doux qu’à Paris», soupire Antoine.

Frileuse, dans la victoria attelée de deux biques osseuses et vives, Minne s’accote à l’épaule de son mari. La voiture monte, au grand trot, la route qui mène au Riviera-Palace; soudain, sombre et pure, apparaît la mer... Un filet d’argent y danse, autour d’un long fuseau de lumière nacrée comme le ventre pâle des poissons...

—Oh! tu vois, Antoine?

—Je vois, chérie. Tu aimes ce pays?

—Je ne l’aime pas, mais je le trouve beau.

—Pourquoi ne l’aimes-tu pas?