—Assez, prie Minne. Ça me fatigue.
—Tu veux que je m’en aille?
—Non... Antoine, écoute! Je n’ai confiance, ici, qu’en toi... Tu peux me rendre un grand service.
—Oui?
—Tu vas écrire une lettre pour moi. Une lettre que Maman ne doit pas voir, tu comprends? Si Maman me voit écrire dans mon lit, elle pourrait demander à qui j’écris... Toi, tu écris là, à cette table, tu me tiens compagnie, personne n’a rien à y voir... Je voudrais écrire à mon fiancé.
Elle peut guetter, à ce coup, la figure de son cousin: Antoine, très en progrès, n’a pas bronché. À vivre près de Minne, il a gagné le sens de l’extraordinaire et du variable. Simple comme la férocité de Minne, cette idée l’a traversé: «Je vais écrire sans faire semblant de rien; alors, je saurai qui il est et je le tuerai.»
Sans parler, il suit, docile, les instructions de Minne.
—Dans mon buvard... non, pas ce papier-là... du blanc sans chiffre... nous sommes obligés de prendre tant de précautions, lui et moi!
Lorsqu’il s’est assis, qu’il a humecté la plume neuve, affermi le sous-main, elle dicte:
—«Mon bien-aimé...»